Croissy au fil des siècles


 

Les origines

La Haute Pierre, mégalithe aujourd'hui disparu, témoignait jadis de l'occupation du site dès le Néolithique.

Au 8e siècle, la forêt, encore sauvage, recouvre la majorité du territoire de Croissy. C'est là, dit la légende, que Ganelon réunit plusieurs conspirateurs pour livrer l’armée de Charlemagne aux Sarrasins dans les Pyrénées : c’est la célèbre journée de Roncevaux qui vit la mort de Roland. Charlemagne ordonna de faire brûler vifs les traîtres à l’endroit même où ils avaient décidé d’accomplir leur forfait. C'est pourquoi la partie sud de la forêt du Vésinet fut longtemps surnommée "Bois de la Trahison".

A l’époque mérovingienne, c’est le domaine agricole d'un certain Crocus qui aurait donné son nom au bourg – Croci - qui se développa progressivement le long de l'actuelle Grande rue, sur un léger promontoire protégeant les habitants des caprices du fleuve.

En 856, les drakkars Vikings remontant la Seine pour piller Paris, débarquent à la pêcherie de Croissy et affrontent la population locale. Les rares habitants furent torturés, pendus ou cloués aux maisons, le village pillé. Le lieu de débarquement, devenu tristement célèbre, prit plus tard le nom de Mauport, « port maudit » (malus portus). Ce terrible massacre resta longtemps gravé dans la mémoire des croissillons.

Isolé à l'extrémité sud d'un méandre de la Seine, le fief de Croissy est au Moyen Age un modeste village essentiellement voué à la pêche.
Dès la fin du 12e siècle, une seigneurie civile existe déjà à Croissy sous la dépendance de sire Robert de Croissy. A cette époque, l'activité fluviale sur la Seine est intense. De nombreux bateaux en descendent ou en remontent le cours vers la capitale. Des lieudits aux noms pittoresques s'égrainent le long des berges et des nombreux îlots du sud de la Boucle : «Le Motteau à la Vache», «le Gord Didier», «le Brasseau de la Manche», «Mouillefetu» et "Mouillemenu». 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Blanche de Castille et Saint Léonard

Primitivement vouée à saint Martin, la petite église paroissiale (actuelle chapelle Saint-Léonard) date de la fin du 12e siècle. Partiellement rebâtie au 13e siècle, elle abrite alors les reliques de saint Léonard et devient rapidement un lieu de pèlerinage réputé. La légende locale rapporte qu’au milieu du 13e siècle, la reine Blanche de Castille, mère de Saint-Louis, y serait venue prier le retour de son fils prisonnier en Egypte pendant la 7e Croisade. Elle aurait également, par ses dons, financé la reconstruction de l’édifice.
Croissy est ravagé puis abandonné pendant la guerre de Cent Ans. En 1345, le Prince noir, fils du roi d’Angleterre, brûle Croissy et Chatou et s’empare de Saint-Germain-en-Laye. Un dénombrement de 1475 nous apprend que seulement deux familles de pêcheurs habitent à Croissy.
Aussi, à partir de la fin du 15e siècle, les seigneurs successifs vont faire défricher leurs terres afin d’attirer une population nouvelle de vignerons et de laboureurs.

 



 

 

 

 

Les Chasses Royales

Au début du 17e siècle, la forêt du Vésinet, possédée en partie par les seigneurs de Croissy et de Chatou, attire l’attention du roi Henri IV, grand chasseur. Voulant faire de cette forêt un domaine royal, il en acquiert de vastes arpents qu’il fait réaménager en traçant de grandes voies qui sont, aujourd’hui encore, les principaux axes du sud de la Boucle. A Croissy, ce sont l’avenue de Saint-Germain, l’avenue de Verdun, la rue de l’écluse, le chemin de ronde et… la route du Roi. On rapporte qu’un paysan se serait plaint du passage des chasses royales sur sa terre et des dégâts ainsi causés à ses cultures. On lui aurait répondu : "partout où passe le roi, c’est sa route…"

L’abondance des remises (espaces plantés de taillis au milieu des champs qui servaient de refuge au gibier) est néfaste au développement de l’agriculture. Pendant près de deux siècles, les paysans croissillons ne cessèrent de se plaindre des dégâts commis par le gibier. La plus célèbre remise à gibier, surnommée à juste titre "l’Arpent maudit", occupe l’emplacement actuel du supermarché Champion. 
 

 

 

 


Anne d'Autriche et Tartuffe

Situé à proximité du château de Saint-Germain-en-Laye où résident régulièrement le Roi et sa Cour, Croissy attire au 17e siècle des familiers du couple royal, qui, charmés par la quiétude et la beauté du site, y achètent de vastes propriétés. Ils attirent ainsi l'attention de la Reine Anne d’Autriche qui vient en pèlerinage avant la naissance de Louis XIV, afin d'invoquer saint Léonard, patron de la délivrance des prisonniers... et des femmes en couches. Comme Blanche de Castille 400 ans plus tôt, elle contribue à la restauration de la petite église.

En 1644, la terre de Croissy est achetée par le chevalier François de Patrocles (1616-1694), écuyer de la reine mère. Pendant la régence et la Fronde, le chevalier de Patrocles chevauche aux côtés du carrosse de la famille royale au milieu de la capitale en armes comme au milieu des provinces soulevées. Chicaneur et dévot, on prétend qu'il aurait inspiré Molière pour le personnage d'Orgon dans "Tartuffe". Il agrandit notablement son domaine seigneurial au détriment des paysans croissillons et, souverain absolu sur son territoire, on lui doit aussi l'établissement d'un gibet dont les socles de pierre subsistent toujours au bord de l'avenue des Tilleuls : une potence où l’on pendait les condamnés et trois fourches patibulaires où l’on exposait leurs cadavres. 
 

 

 

 

 

La machine de Marly

Au 17e siècle, la Seine est encore sauvage. La navigation s’effectue par le bras qui dessert Rueil et Bougival. L’autre, côté Croissy, est un bras mort, encombré de hauts-fonds et d’îlots et bordé de zones inondables. Pour alimenter en abondance les nombreux bassins des jardins et bosquets du château de Versailles, Louis XIV a besoin de beaucoup d’eau, d’où la construction à Marly d’une machine gigantesque : elle barre la moitié de la Seine avec 14 roues à aubes de 12 mètres de diamètre, qui communique leurs mouvements, par un jeu de manivelles, à un énorme système de pompes réparties sur trois niveaux, qui amène l'eau, par l'aqueduc de Louveciennes, jusqu'à Versailles.

La réalisation de cet ensemble, considéré alors comme la 8e Merveille du Monde, révolutionne localement la navigation et les bords de Seine. La Machine barrant le bras navigable, il faut aménager le bras mort de Croissy. Le village perd ainsi une quantité importante de terrains en bordure du fleuve.

Au 18e siècle, le village est massé de part et d’autre de la Grande Rue, seules quelques petites fermes sont regroupées au hameau isolé de la Garde Plaine (au bout de l’actuelle rue des Gabillons). Le reste du territoire est couvert de champs, de vergers et de vignes. Il existe alors plusieurs grandes propriétés remarquables occupées par d’illustres personnages, notamment le célèbre collectionneur d’art Pierre-Jean Mariette.

Dans les années 1750, le château seigneurial est entièrement rebâti, il prend ainsi l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui.

 

 

 

 


Chanorier et Joséphine de Beauharnais

En 1779, la terre de Croissy passe aux mains du receveur général des finances Jean Chanorier (1746-1806). Gentilhomme fermier, il se passionne pour la recherche de nouveaux élevages et de nouvelles cultures : il crée une grande bergerie de béliers mérinos, cultive les mûriers et les vers à soie, introduit la culture nouvelle de la pomme de terre (la "chanorière"…), développe le maraîchage en favorisant la culture intensive du navet, du poireau et … de la carotte, légume fêté encore de nos jours chaque année au début du mois de septembre. Sous la Révolution, cet ami de La Fayette adhère spontanément aux idées nouvelles : en 1790, il est élu premier Maire de Croissy.

Pendant la Terreur, des prêtres réfractaires, des aristocrates et autres "suspects" viennent se réfugier à Croissy dont la municipalité est modérée. Parmi eux, la future impératrice Joséphine de Beauharnais et ses deux enfants. Quelques années plus tard, une fois devenue Madame Napoléon Bonaparte, elle achètera le château de la Malmaison sur les conseils de Chanorier.

A partir des années 1850, grâce à la création de la ligne de train reliant Paris à Saint-Germain-en-Laye, de riches familles parisiennes "colonisent" Croissy et font construire d’élégantes villas sur les berges de la Seine. Parmi eux, beaucoup d’artistes, journalistes, architectes, comédiens, industriels et hommes de lettres. 
 

 

 

 

 


La Grenouillère

Sous le Second Empire, on assiste dans la région à l’éclosion de la mode du canotage. Les parisiens déferlent sur le fleuve, attirés par le charme sauvage de l’île de Croissy que l’on surnomme à l'époque le "Madagascar de la Seine" tant la végétation y est luxuriante et les mœurs de ses visiteurs "comparables aux indigènes des îles"...

Un arrêté municipal de 1852 impose aux baigneurs le port d’un costume de bain, mais il est peu respecté et très plaisanté par la presse parisienne… En témoignent les noms insolites donnés alors aux différents lieux de l’île : "le cap des torses", "l’anse de l’homme nu", "le mouillage infect", "la berge des souffleurs"...

A la même époque, un cabaretier de Croissy, le père Seurin, établit au bord de l’île un bateau ponton accueillant une immense salle de bal et de restauration, ainsi qu’une longue péniche de cabines de bain. La Grenouillère, sa plage, ses locations de canots et son célèbre bal hebdomadaire va immédiatement attirer les parisiens : bourgeois, écrivains, artistes, mais aussi grisettes et demi-mondaines légères...
On sait que Guy de Maupassant fréquente assidûment les lieux. Dans "La Femme de Paul" et "Yvette", il brosse un portrait très réaliste du lieu et de son atmosphère bruyante et populaire : « On sent là, à pleines narines, toute l'écume du monde, toute la crapulerie distinguée, toute la moisissure de la société parisienne : mélange de calicots, de cabotins, d'infimes journalistes, de gentilshommes en curatelle, de boursicotiers véreux, de noceurs tarés, de vieux viveurs pourris; cohue interlope de tous les êtres suspects, à moitié connus, à moitié perdus, à moitié salués, à moitié déshonorés, filous, fripons, procureurs de femmes, chevaliers d'industrie… Ce lieu sue la bêtise, pue la canaillerie et la galanterie de bazar » (La Maison Tellier, 1881).

En 1869, Renoir et Monet y installent leurs chevalets. Ils immortalisent ainsi le "camembert", un petit îlot planté d’un arbre unique, reliant l’île au bateau ponton par des planches étroites et glissantes... qui provoque chutes et baignades imprévues !

La Grenouillère est la proie des flammes en octobre 1889 et l’établissement est entièrement détruit. La nouvelle Grenouillère, reconstruite l’année suivante avec des éléments provenant du pavillon suédois de l’exposition universelle, ne connaît malheureusement pas le même succès. Le déversement de l’ensemble des égouts de Paris en amont de la Seine décourage aussi les baigneurs et les canotiers... Dans les années 1920, la Grenouillère disparaît définitivement dans les travaux d'élargissement de la Seine. 
 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 


La Belle époque

L’année 1910 reste gravée dans toutes les mémoires : celle de la crue historique de la Seine. Les pluies abondantes de l’automne 1909 ont gonflé les eaux du fleuve et de ses affluents. A Croissy, les 28 et 29 janvier, le niveau des eaux monte de plus de 7 mètres et la crue atteint son point culminant : 27 mètres 40 ! Un désastre...
Les berges sont submergées sous 2,60 mètres d’eau, les avenues Paul Déroulède et Émile Augier sont noyées sous 2 mètres et dans la partie la plus basse du territoire, les eaux arrivent jusqu’au chemin de ronde transformant tout le site en un vaste lac. Cernées, une cinquantaine d’habitations ont dû être évacuées à la hâte et quelques 200 malheureux ont dû fuir, abandonnant tout sur place. Les eaux baissent à partir du 30 janvier mais ce n’est qu’en mars que le fleuve réintègre complètement son lit.

La « Belle époque » s’achève avec l’éclatement de la guerre - que chacun espère courte... et victorieuse. Maraîchers, ouvriers, bourgeois, artisans et commerçants partent au front. Au total, 465 croissillons sont mobilisés le 2 août 1914.
Afin d’assurer le ravitaillement de la capitale, les autorités militaires ont transformé une usine désaffectée du chemin de Ronde en un vaste parc de bétail. De leur côté, les « marraines de guerre », femmes, fiancées ou sœurs de soldats se mobilisent elles aussi : quêtes, confection de lainages et envois de colis aux « poilus ».
Et pendant quatre ans, la liste des soldats tombés au front s'allonge jour après jour : au total, près de 145 croissillons ont été tués pendant la Grande Guerre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'entre-deux-guerre

Jusqu’aux années 1920, Croissy vit en équilibre entre son centre (le boulevard), ses berges résidentielles accueillant la bourgeoisie parisienne et le reste du territoire, presque entièrement voué aux activités agricoles qui en font la « capitale de la carotte ». Mais à partir de 1925, les lotissements des parcs des grandes propriétés du 19e siècle vont attirer les classes moyennes travaillant à Paris ou dans la banlieue et utilisant le ligne de chemin de fer de Chatou. De nombreux pavillons en briques et pierres meulières, aujourd’hui si caractéristiques, voient le jour le long des rues nouvellement créées ou viabilisées : la rue Paul Déroulède et les rues adjacentes, la rue du Saut-de-loup, les rues Carnot et Jean Mermoz.

A cette époque, une nouvelle industrie apparaît à Croissy : l’extraction du sable dans de vastes carrières à ciel ouvert. Situées en bordure de la rue des ponts, de la rue des moulins, de la route du roi, de l’avenue de Verdun et principalement dans la zone comprise entre la Seine et le Chemin de Ronde, ces sablières vont longtemps marquer l’aspect et la topographie du territoire (certaines ont été transformées en bassins par la Lyonnaise des Eaux). Enfin, les usines Maréchal (tissus caoutchoutés), Parra-Mantois (verrerie d’optique), Max Factor (produits de beauté), Cellolac (laques et vernis) et Morgenthau (recyclage de pellicules de films) attirent une population nouvelle d’ouvriers. Les grandes grèves de 1936 sont soutenues par la municipalité qui accorde secours et soutien aux grévistes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Croissy dans la tourmente

13 juin 1940. L’approche imminente des troupes allemandes, l’absence d’informations, l’évacuation des villes voisines, l’échauffement des esprits, tout pousse des centaines de familles à partir sur les chemins de l’exode. En fin de journée, les premières unités de la Wehrmacht arrivent à Croissy et découvrent une ville vidée des trois quarts de sa population. Les soldats français font sauter le pont avant de se replier sur les hauteurs de Bougival. Combats et tirs ont lieu toute la nuit. Les magasins sont pillés. La Kommandantur (qui couvre Croissy, Le Vésinet et Chatou) s’installe dans une propriété de l’avenue des Tilleuls. Pendant plusieurs jours, les habitants se trouvent sans police, sans médecins, sans pompiers, sans commerçants, sans curé, sans fossoyeur, sans gaz, sans électricité, sans eau, sans téléphone, sans courrier…

Petit à petit, la population revient et la vie de la cité se réorganise malgré l’absence de nombreux hommes mobilisés retenus prisonniers dans les stalags. Les relations avec l’occupant se passent sans heurts notables si ce n’est quelques rixes dans les bars et des actes de sabotage dès l’automne 1940, actes entraînant des représailles de la part des autorités allemandes…
Du 27 juillet 1940 au 1er avril 1941, deux unités de 300 militaires cantonnent dans 27 propriétés réquisitionnées ou mises sous séquestre. Par la suite, seulement quelques villas sont occupées, notamment par le général Kohl, chef de la WVD Paris (la division des chemins de fer), et le général Von Stülpnagel, gouverneur militaire de Paris. L’Organisation Todt a réquisitionné quant à elle certaines sablières pour la construction du mur de l’Atlantique. Des péniches de la Kriegsmarine sont amarrées le long des berges.

Le 3 mars 1942, la région est bombardée par les avions de la RAF. Les objectifs sont industriels, la plupart des entreprises travaillent à des degrés variés pour l’occupant. A Croissy, ce sont les usines Maréchal et Parra-Mantois qui sont endommagées, et dans la ville, 6 habitations sont complètement détruites et 30 personnes se retrouvent sans abri. Un jeune homme meurt sous les bombes. 

La guerre aura fait une cinquantaine de victimes croissillonnes (soldats morts au front ou dans les stalags, civils déportés, victimes des bombardements).

Le 25 août 1944, l’armée alliée franchit la Seine et arrive à Croissy. En partant, les Allemands font exploser une péniche chargée de poudre et de munitions. Les toitures et les fenêtres d’une centaine de maisons sont endommagées par l’explosion. Le conseil municipal est dissous et remplacé provisoirement par un comité local de libération. Épuration, arrestations et femmes tondues exhibées sur le boulevard marquent les esprits lors de la Libération. En fin d’année 1944… le tout jeune Charles Aznavour (20 ans) se produit en concert à la salle des fêtes.

Durant les années d’après-guerre, la ville se dote de nouveau équipements : école maternelle, cantine scolaire, bibliothèque municipale et stade dans le parc du château. La crise du logement frappe aussi Croissy. Pour y remédier, la municipalité réquisitionne une trentaine de logements avant de faire construire 60 « habitations économiques de première nécessité » en 1955. Cette cité d’urgence, située rue Eugène Labiche, ne sera démolie qu’en 1991.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Les années Hostachy

La décennie 1960-1970 marque un tournant dans l’histoire récente de la ville, celui de son désenclavement. Le trafic automobile de la région, de plus en plus important, a motivé l’élargissement des ponts traversant la Seine : reconstruction du pont du Pecq (1963), de Chatou (1966) et enfin celui de Croissy-Bougival (1968). A cela s’ajoute le remplacement du train de banlieue SNCF de la ligne Paris-Saint-Lazare-Saint-Germain-en-Laye par la ligne A du RER plaçant la station Chatou-Croissy à une quinzaine de minutes seulement de la capitale.

Mais contrairement à de nombreuses communes de la banlieue, Croissy reste relativement à l’abri des assauts des promoteurs. Certes, de premiers immeubles collectifs mais modestes apparaissent autour de 1960 (rue des Pâquerettes, rue du Saut-de-Loup, rue Alfred-Dormeuil) ainsi que le premier lotissement pavillonnaire (allée des Capucines) mais Croissy conserve encore son aspect de cité maraîchère.

Car pour protéger la commune des appétits des constructeurs et dans le but de conserver un patrimoine rural, le maire a trouvé une parade. En 1963, ils parvient à faire classer la majeure partie des terres agricoles en « zone horticole protégée » (ZHP). Cette mesure est destinée à maintenir la culture légumière en place et surtout éviter son remplacement par une urbanisation massive et sauvage qui ferait de Croissy une triste cité-dortoir. Mais cette ZHP interdit aussi la construction de pavillons familiaux… Sous la pression des propriétaires cherchant à faire fructifier leur terrain, la ZHP est remplacée à la fin des années 60 par une « zone d’habitations basses avec jardins et espaces verts ».

Ainsi, Croissy ne connaîtra pas l’édification des grandes barres et tours. Quelques grands immeubles HLM voient cependant le jour : avenue Carnot en 1960, route du Roi en 1967 et rue des Ponts en 1970.

Parallèlement, la Ville se dote de nouveaux équipements publics : le collège et l’école maternelle Jean-Moulin (1960), le parc omnisports du chemin de ronde (1973). La salle des fêtes du château est rénovée en 1968 pour accueillir spectacles, conférences et pièces de théâtre. L’école de musique est créée en 1972. Et c’est en 1970 que les PTT font construire sur le boulevard l’actuel bureau de poste.

Dans la deuxième moitié des années 1960, le plan directeur d’urbanisme intercommunal (PDUI 28), fixé par le Gouvernement, attire l’attention des croissillons et fait beaucoup parler de lui... Deux routes importantes doivent traverser la commune : une voie de 16 mètres de large reliant le pont de Croissy à celui du Pecq (à l’emplacement du chemin de Ronde) et une voie sur berges de 17 mètres de large reliant le pont de Croissy à celui de Chatou. A cela s’ajoute la crainte des expropriations massives dans la plaine maraîchère et dans le quartier des Gabillons pour l’édification d’un vaste complexe hospitalier psychiatrique projeté par l’État. Manifestations et pétitions en 1967, 1968 et 1969 verront le report puis l’annulation de ce projet.

Enfin, l’ouverture en décembre 1969 de Record, un supermarché de taille moyenne (aujourd’hui Champion) sur l’avenue du Général de Gaulle est l’avant signe d’une urbanisation imminente. Peu après, le coup d’envoi de l’urbanisation de la plaine maraîchère est effectivement lancé avec un premier lotissement pavillonnaire donnant naissance à la rue de la Porte Blanche. Pour Croissy, c’est un nouveau chapitre qui commence…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 


Vers la banlieue de charme

A partir de 1975, les champs de salades et de carottes rétrécissent d’année en année, cédant la place aux promoteurs et bâtisseurs de maisons individuelles livrées « clés en main ». Des programmes qui modèlent la ville au coup par coup (la ville ne sera dotée d’un plan d’occupation des sols - POS - qu’en 1983).
Les pouvoirs publics décident alors de contrôler cette urbanisation anarchique et la flambée des prix des terrains constructibles en créant en 1981 la ZAC (Zone d’Aménagement Concerté) des Courlis destinée à accueillir sur 17 hectares 350 pavillons et petits immeubles accessibles aux classes moyennes. C’est le point de départ d’une affaire qui allait durer 4 ans. Les promoteurs et les services de l’Etat souhaitent une forte densité pour rentabiliser l’opération et abaisser les coûts, et une partie de la population souhaite que la ville conserve l’esprit « village » qui fait son charme et son intérêt. Entre les deux, la municipalité se déchire. Epilogue d’une longue série de soubresauts… la démission du maire Roland Courtel en 1985.
La ZAC est annulée et remplacée par le programme « Green River » de Kaufman & Broad permettant en 1987 la commercialisation (en quelques jours seulement !) de près de 150 pavillons de type californien autour de la toute nouvelle promenade Guy de Maupassant et du parc de la Blonde Paresseuse. Il s’agit là du dernier programme d’envergure : l’urbanisation de l’ancienne plaine agricole est achevée.

Pour faire face aux besoins sans cesse croissant des nouveaux croissillons, plusieurs équipements publics voient le jour : d’abord le gymnase Jean Moulin en 1974, le restaurant scolaire et le foyer Courtel en 1981, la crèche Les Églantines en 1984, l’école maternelle Les Cerisiers, l’extension de l’école primaire Leclerc et l’ouverture des centres de loisirs en 1986. Le stade omnisports du chemin de Ronde est entièrement réaménagé en 1986-1987. Le parc du Prieuré ouvre ses portes en 1979, le parc des Berges en 1986 et celui de la Blonde Paresseuse deux ans plus tard. Enfin, un marché est créé en 1979 aux abords de l’avenue Foch et du boulevard Hostachy.

En 1986, Croissy est la première ville de l’arrondissement de Saint-Germain a être équipée d’un système d’information et de messagerie électronique par minitel : le Croissytel. Les nouvelles technologies séduisent alors le maire Alfred Callu qui présente en 1987 un ambitieux projet de Technoparc (Espace Claude Monet) en bordure du chemin de ronde. Un espace de six hectares orienté vers les industries de haute technologie, l’informatique, la télématique, les biotechnologies et la recherche. Un immense complexe comprenant bureaux et laboratoires mais aussi hôtel, restaurants ainsi qu’une galerie centrale bordée de boutiques et éclairée par des dômes en verre…. Bref, de quoi transformer la vallée de la Seine en mini Silicon Valley ! Pour la première fois la Ville reçoit en 1988 un ministre en exercice (Pierre Méhaignerie, chargé de l’Équipement) qui approuve et soutient le projet. Et quelques mois plus tard c’est… Lady Di qui vient à Croissy visiter la British School où elle reçoit les élèves du collège Jean Moulin. La même année, Croissy se choisit une ville sœur dans la banlieue londonienne : Danbury. Les cérémonies officielles du jumelage et les commémorations du Bicentenaire sont les temps forts de la Ville en 1989.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus sur l'histoire de Croissy :
Consultez les archives de la Ville
   
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