Duncan & Suberbie : les premières motos de série fabriquées à... Croissy Si c’est en 1885 qu’apparut en Allemagne le premier prototype de motocyclette, ce n’est que dix ans plus tard, à Croissy, que les premiers deux-roues motorisés furent produits et commercialisés.
 Tout commence à la fin des années 1860 quand un négociant de Rouen, Grossin-Levalleux, achète un hectare de terre agricole au bord du chemin de halage et y fait bâtir un grand bâtiment industriel et une cité ouvrière. Il y installe une fabrique de cardes (machines pour filatures) et un atelier de cardage de fibres textiles et de corroyage des cuirs.
L’établissement, considéré comme un modèle de modernité, devient vite prospère mais la guerre de 1870 éclate... Pillée par les troupes prussiennes puis transformée en forteresse militaire, la manufacture est ravagée par les obus tirés depuis le Mont-Valérien par l’armée française lors du siège de Paris. Les bâtiments vont rester à l’abandon pendant près de 25 ans et serviront de remise à bateaux.
En 1894, les allemands Hildebrand et Wolfmüller mettent au point une motocyclette bicylindre de 1490 cm³ prévue pour être produite en série. Présentée en France la même année, elle y rencontre un tel succès que la firme de bicyclettes Duncan & Suberbie décide d’en acquérir la licence pour sa fabrication et commercialisation en France et en Belgique sous le nom de « Pétrolette ».
 En janvier 1895, Duncan & Suberbie acquièrent l’usine désaffectée et annoncent, à grand renfort de publicité, leur installation à Croissy pour la construction en série de « la machine merveilleuse, perfection obtenue après dix ans d’études. » En décembre 1895, la Pétrolette est la grande vedette du premier Salon de l’Automobile et du Cycle à Paris où six motos sont exposées.
Les cinquante premières Pétrolettes sont livrées pour 2000 francs chacune mais leur conduite délicate oblige Duncan & Suberbie à former chaque acheteur. Roulant jusqu’à 45 Km/h, la moto n’a ni boîte de vitesse ni embrayage. Aussi, pour démarrer, il faut la pousser en courrant puis sauter sur la selle une fois le moteur lancé. Les difficultés d’allumage du moteur - par tubes incandescents qu’il faut faire rougir - provoquent de nombreuses réclamations à tel point que la production est arrêtée en 1897. L’usine de Croissy poursuit quelques années encore la production de cycles mais abandonne la fabrication de la Pétrolette qui entre alors dans l’Histoire.
En 1905, un industriel allemand rachète l’ancienne usine Duncan & Suberbie. Il y fait élever des hangars, une voie ferrée, obtient des promesses de vente sur tous les terrains d’alentour et, embauchant courtiers et pisteurs, fait vendre partout des actions de 25 francs de la « Société des produits chimiques de Croissy » en affirmant qu’elles vont monter à 100 francs et être cotées à la Bourse de Paris.
 Mais rapidement les plaintes des petits actionnaires floués affluent, la faillite de la société est demandée et l’aventurier arrêté. On découvre alors une usine complètement vide, fictive. Une escroquerie colossale qui, en pleine période anti-allemande, fit beaucoup de bruit ! L’usine passe alors entre les mains d’une compagnie d’assurance qui va en rester propriétaire jusqu’à la Grande Guerre. En 1914, préoccupé par le ravitaillement en viande et en lait de la capitale, le Gouvernement réquisitionne le site pour y établir un immense parc de bétail.
Après l’Armistice, un nouveau chapitre commence pour l’usine des bords de Seine avec l’installation dans ses murs d’une manufacture de tissus caoutchoutés et de simili-cuir. Mais ceci est une autre histoire...
article paru dans "Côté Croissy" n°13 - mars 2005 L’âge d’or du papier peint à Croissy Vénilia... cette célèbre marque de produits de décoration, une des plus connues aujourd’hui encore du grand public, reste gravée dans la mémoire industrielle de notre ville.
Ancienne fabrique de motos, l’usine située en bordure du fleuve entre la Seine et le chemin de ronde devient en 1918 une manufacture de tissus caoutchoutés et de simili cuir. Commence alors une longue tradition d’activité d’enduction qui devait durer plus de 70 ans...
Successivement Compagnie Parisienne des tissus caoutchouc puis Société Zapon (du nom d’un procédé américain), l’usine est rachetée en 1932 par les Etablissements Maréchal, spécialistes de la toile cirée. On y fabrique de la moleskine, des tissus enduits avec de la nitrocellulose et des tissus caoutchoutés pour des destinations très variées : nappes, vêtements (cirés), articles de maroquinerie (sacs de voyage), canots pneumatiques, bâches, toiles d’aéronefs et de tentes et même des masques à gaz.
La manufacture emploie alors plusieurs centaines d’ouvriers, et bien sûr, les grands évènements du 20e siècle se sont répercutés sur la vie de l’usine : d’abord en 1936 la grande grève du personnel soutenue par la municipalité « front populaire » de Croissy, puis la mobilisation et la guerre de 1939-1940 réduisant considérablement les effectifs et enfin les quatre années d’occupation pendant lesquelles les produits Maréchal ont intéressé de près les troupes allemandes. L’usine est d’ailleurs bombardée le 3 mars 1942 par un raid meurtrier des avions de la Royal Air Force anglaise : le bâtiment abritant la fabrication de tissus caoutchoutés est presque entièrement détruit.
Les décennies d’après-guerre voient l’avènement de la société de consommation et l’arrivée massive des produits de décoration dans les foyers français. Exit la nitrocellulose : les techniques et les procédés d’enduction ont évolué et les Etablissements Griffine-Maréchal (employant plus de 300 personnes), consacrent désormais leur activité à la fabrication et commercialisation de matières constituées d’un support textile enduit d’une couche de PVC (chlorure de polyvinyle... pour les spécialistes). Ce sont toujours des produits destinés à différents marchés : décoration, évidemment, mais aussi vêtements, automobiles, maroquinerie... c’est l’âge d’or du vinyle et du « tout plastique ».
Mais on y fabrique aussi - et surtout - les papiers peints muraux commercialisés sous les marques Vénilia (tissus vinyle adhésif) et Buflon (tissus enduit imitant des effets de verre ou de céramique), les produits phares de l’usine. L’adhésif décoratif Vénilia s’installe alors partout : murs, plafonds, boîtes, étagères et jusqu’au fond des tiroirs. C’est l’époque des incontournables gros motifs floraux ou géométriques, aujourd’hui très datés, mais qui ont fait le bonheur de la ménagère des années 1960 et 1970, ainsi que du célèbre papier peint en relief avec effet « mousse », le Scope, un autre produit exclusif de l’usine croissillonne.
Mais avec les années 1980, le site Griffine-Maréchal, bien qu’usine pilote, est devenu peu rationnel par sa vétusté et son exiguïté. Ses activités - classées insalubres - voisinent mal avec les installations de la Lyonnaise des Eaux. L’établissement bénéficie alors d’une exceptionnelle dérogation « de fait ».
Dictée par des impératifs économiques, une restructuration entraîne en 1990 la fermeture du site de production et son transfert à Abbeville. Les bâtiments sont entièrement rasés l’année suivante et les terrains finissent par être intégrés par la Lyonnaise des Eaux.
Bien difficile aujourd’hui pour le promeneur du chemin de halage de soupçonner un passé industriel de plus de 120 ans dans un endroit au charme si bucolique... article paru dans "Côté Croissy" n°14 - mai 2005
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Max Factor : d’Hollywood à... Croissy
21 rue des moulins. Cette ancienne usine a connu son heure de gloire dans les années 1930 quand on y fabriquait, pour le marché français, les célèbres produits de beauté américains.
 Il était une fois… The Oriental Carpet Manufacturers, une compagnie anglaise spécialisée dans la fabrication et la commercialisation des tapis d’Orient qui possède, dans les années 1920, des succursales un peu partout dans le monde entier. En 1928, elle décide d’installer dans notre ville son atelier français : un bâtiment en briques formé de trois halls contigus dominés par une haute cheminée est construit en bordure de la rue des moulins.
Importés de Smyrne (Turquie), les tapis y sont battus, lavés, repassés puis brossés sous le contrôle d’un « spécialiste » smyrniote. Mais après quelques années d’activité, The Oriental Carpet Manufacturers quitte Croissy et loue alors la petite usine à une société américaine de cosmétiques : Max Factor.
« Vous voulez devenir une star ? Allez chez Max Factor ! » déclare une publicité de l’époque. « Oscarisé » en 1929 pour son maquillage, sacré maquilleur officiel des vedettes de cinéma d’outre-Atlantique, l’américain Max Factor règne alors sur la toute nouvelle et fructueuse industrie des cosmétiques rendue florissante grâce aux superproductions hollywoodiennes. Les femmes veulent les joues creuses de Marlene Dietrich, les yeux de biche de Bette Davis, les lèvres brillantes de Mae West… Un rêve d’autant plus accessible que les produits se démocratisent : eye-liner, rouge à lèvre en bâton, gloss, recourbe-cils et faux cils, mascara, crayon à sourcil, Pan Cake (ancêtre du fond de teint), les produits Max Factor connaissent immédiatement un large succès, pour leur prestige mais aussi leur aspect très pratique (produits en tubes).
Après avoir ouvert son premier salon de beauté à Los Angeles en 1935, il décide en 1937 de conquérir le marché français. Le premier salon Max Factor cosmétiques Hollywood & France ouvre ses portes rue Royale à Paris en même temps que l’usine de Croissy où l’on fabrique et conditionne les produits destinés exclusivement au marché français.
Mais avec l’arrivée des troupes allemandes en juin 1940, cette propriété étrangère, considérée comme «bien ennemi», est occupée par les unités qui cantonnent à Croissy puis laissée à l’abandon. Dès lors, le bâtiment industriel va intéresser la firme franco-italienne Ollivier & Amici (spécialistes des produits en conserves) qui cherche un lieu pour établir une fabrique de bouillons concentrés et solidifiés en cubes - les bouillons Biovir - destinés aux soldats allemands. Ollivier & Amici démarche auprès de la Kommandantur et obtient rapidement l’autorisation d’exploiter. L’usine ouvre ses au printemps 1942 pour les fermer deux ans plus tard, en 1944...
 Après guerre, c’est la société industrielle de chimie et de biologie (SICEB) qui exploite les lieux et s’y livre à la préparation d’engrais agricoles et à la fabrication de farines animales destinées à l’alimentation du bétail (déjà....). Le tout réalisé avec des détritus organiques provenant des abattoirs. De lourdes et pestilentielles fumées se répandent sur le quartier motivant des plaintes nombreuses et réitérées. La SICEB se voit contrainte d’arrêter ses fabrications.
C’est une câblerie, la compagnie générale des plastiques (CGP), qui lui succède en 1955. L’usine abrite alors des ateliers où fils et câbles électriques sont revêtus de matière plastique. Câbles de précision, d’instrumentation et de mesure y sont conçus et commercialisés dans le domaine militaire, de l’aéronautique, de l’aérospatiale, électronique, etc. La CGP y cesse ses activités en 1997.
L’usine est aujourd’hui le seul et dernier vestige du passé industriel de notre ville. En 2005, la SOFIMO a racheté, rénové et divisé les locaux qui abritent désormais une zone artisanale regroupant une vingtaine de petites sociétés. Une nouvelle vie a recommencé pour l’ancienne usine Max Factor du 21 rue des moulins…
 article paru dans "Côté Croissy" n°15 - juillet 2005 |
Les établissements Valéo-Neiman
Symbole et même synonyme de serrures de portières et d’antivols pour les véhicules automobiles, la firme Neiman exploita pendant plus de 50 ans sa principale usine à Croissy, à l’angle de la rue Maurice-Berteaux et de la rue de l’équerre.
C’est sur un terrain où se dressait jadis un mégalithe appelé la « Haute Pierre » qu’Émilien Vaillant fait construire au début des années 1890 un bâtiment industriel dans lequel il installe sa blanchisserie. Un établissement qui devient rapidement le plus renommé de la ville. Vaillant utilise la belle et pure eau de la nappe phréatique de Croissy dont le limpidité donne, paraît-il, un éclat inégalé au linge…. Au tournant du siècle, une trentaine d’ouvrières s’active au lavage, essorage et repassage des linges de literie, de table et de toilette envoyés par les familles de la bourgeoisie de Croissy et des environs.
L’affaire est reprise au début des années 1930 par une blanchisserie de luxe, Régina, puis passe en 1938 à une société anonyme qui y établit un usine de « lavage et façonnage des celluloïds ». On y rend transparents de vieux films en faisant disparaître l’impression cinématographique.
Après guerre, le site est acheté par l’industriel Abram Neiman, inventeur d’un modèle d’antivol de voiture adopté par de nombreux constructeurs automobiles européens. Il y installe à la fin des années 1940 ses bureaux d’études ainsi que sa principale usine, la plus grande de la firme (qui comprend alors une fonderie à Boulogne, deux usines filiales en Allemagne et en Argentine sans compter les nombreux industriels qui fabriquent alors dans le monde l’antivol Neiman sous licence).
Les ateliers d’électrolyse, emboutissage, décolletage, moulage, montage, chromage emploient quelques 350 personnes dont 65 % de femmes (des ouvrières que l’on reconnaissait dans nos rues grâce à leurs blouses bleues). Dans le grand hall de l’usine s’alignent presses, tours, décolleteuses, appareils de vérification. Dans les années 1960-1970, la capacité annuelle de fabrication atteint cinq million de serrures et d’antivols pour automobiles. Pour cela, il rentre annuellement à l’usine plus de 550 tonnes d’alliages de zinc et d’aciers divers !  En 1978, Paul Lipschutz, directeur de l’usine, met au point le célèbre « plip », un boîtier miniaturisé qui, d'une simple pression du pouce, permet de verrouiller ou de déverrouiller à distance par infrarouge les portières d’une voiture… Et c’est deux ans plus tard, en 1980, que sont fabriqués dans les ateliers croissillons les premiers plips destinés à la Renault 20.
 Rachetée en 1987 par Valéo, deuxième équipementier européen, l’usine croissillonne devient Valéo-Neiman l’année suivante. Les activités de serrurerie sont transférées à Nevers : « La fabrication de serrurerie dans le site résidentiel de Croissy est totalement impossible en grande série » explique son directeur. L’usine change alors de spécialité, ne fabriquant désormais que des alarmes et des plips pour Renault et Peugeot. Enfin, en 1992, Valéo-Neiman quitte Croissy. Les responsables de l’entreprise ayant souhaité transférer leur unité à Meung-sur-Loire (Loiret) où ils disposent de bâtiments plus adaptés.
Dans le cadre de la ZAC Multisites, le terrain et les bâtiments sont rachetés par la Ville et la mairie s’installe dans une partie des locaux désaffectés de l’usine de 1993 à 2000. Enfin, en 2001, les site est entièrement rasé. A sa place aujourd’hui : les immeubles du Hameau de Croissy, la crèche La Ribambelle et… le square des Blanchisseuses.
article paru dans "Côté Croissy" n°17 - novembre 2005 |
La verrerie Parra-Mantois L’objectif du photographe et du cinéaste, les jumelles de l’officier, la lunette de l’astronome, l’oculaire et le microscope du bactériologiste… pendant plus de 60 ans, les verres de ces instruments scientifiques ont été fabriqués à Croissy.
C’est en 1863 qu’un premier établissement industriel voit le jour à l’extrémité nord du chemin de Ronde. Hugot & Vézet y installent une manufacture de châles de laine. Mais saccagée pendant l’occupation prussienne de 1870-1871, la petite usine reste inoccupée pendant une dizaine d’années.
En 1881, l’Amidonnerie Franco-Belge, une société bruxelloise, décide d’y aménager une fabrique d’amidon de riz, de maïs et de froment. L’usine, partiellement rebâtie, emploie dès lors près de 200 ouvrières qui s’affairent dans les différents ateliers : trempage et lavage du linge, étuves de macération, essorage, repassage et empesage, séchoirs. L’amidonnage, procédé consistant à imprégner le linge pour lui donner de la raideur, connaît alors son heure de gloire : les hommes portent col et plastron empesés, les dames jupons, dentelles et lingeries abondantes…
 Les années passent et en 1902, le verrier Numa Parra, à l’étroit dans sa verrerie du quartier Mouffetard à Paris, décide de transférer sa verrerie dans les spacieux bâtiments du chemin de Ronde. On y fabrique des verres spéciaux pour les instruments comportant une partie optique : appareils photographiques, caméras, jumelles, télémètres, microscopes, instruments de géodésie… autant d’instruments de précision qui ne supportent aucune malfaçon.
Les établissements Parra-Mantois sont alors considérés comme les meilleurs verriers scientifiques de France. Réputée pour ses verres d’une pureté exceptionnelle, la verrerie croissillonne travaille pour la Défense Nationale (lentilles pour les périscopes des sous-marins, radars, lunettes astronomiques…). Chaque jour, deux tonnes de verre en fusion sortent des neuf fours alignés dans l’immense hall des fusions de plus de cent mètres de long. Mais seulement 10 % de matière parvient au stade de la fabrication…
Durant la guerre de 1914-18, la verrerie doit assumer la lourde responsabilité de fournir aux armées françaises et alliées la presque totalité des verres qui leur sont nécessaires. Sous l’Occupation, l’usine (devenue en 1924 filiale de Saint-Gobain) est investie par les allemands qui ne se font pas scrupule de recopier à leur aise les plans des installations. La verrerie est d’ailleurs durement touchée par le bombardement anglais du 3 mars 1942.
Après-guerre, on y utilise un procédé de fabrication unique : la fusion du verre dans des creusets en platine. Ce qui attire la convoitise des concurrents... En février 1959, le vol de 130 kg de platine (pour une valeur de 120 millions de francs de l’époque) fit la une de journaux. L’affaire ne fut jamais résolue...  En 1963, SOVCOR Electronique, une société spécialisée dans la miniaturisation, lui succède. On y fabrique des composants électroniques : condensateurs verre, bâtonnets, résistances, paillettes de verre pour tubes cathodiques… Ses principaux clients : Matra, IBM, Bull, Arianespace, Schlumberger… La renommée de SOVCOR est telle dans le milieu industriel que très vite l’entreprise est absorbée par des firmes américaines : Corning d’abord, puis Vishay.
SOVCOR ferme ses portes au début des années 1990 et les bâtiments centenaires sont détruits en 1996.
Des 130 années d’activité industrielle sur ce site ne subsistait, au bord du chemin de Ronde, qu’une friche et une façade à gauche du centre de recherches pharmaceutiques du Groupe Servier. Ce dernier réalise en 2008 une extension de 18.000 m² de ses laboratoires à l’emplacement de l’ancienne verrerie.
article paru dans "Côté Croissy" n°16 - septembre 2005 |
Les établissements Cellolac 49 avenue du Général de Gaulle. C’est dans une modeste usine, aujourd’hui détruite, que furent produits pendant près de 40 ans, les vernis dont étaient enduits la plupart des constructions aéronautiques.
 Au milieu des années 1860, un certain Constant Lainé construit au milieu des champs maraîchers un petit bâtiment industriel dans lequel il aménage une buanderie. Devenue la buanderie Guyard en 1896, l’établissement concentre des activités complémentaires aux différentes blanchisseries de Croissy : repassage, séchage et pliage du linge.
Au début des années 1920, c’est la « Société française de laquage » qui s’installe dans les bâtiments afin d’exploiter une fabrique de laques et vernis. Les ouvriers s’activent dans l’atelier de fabrication des laques (broyage de minerais), l’atelier de mise en bidons métalliques, l’atelier de façonnage et d’application sur bois, métaux et autres. Mais la municipalité voit d’un mauvais œil ses activités polluantes et dangereuses (une explosion suivie d’une incendie avait occasionné la mort d’un jeune ouvrier) et exige de la direction de l’établissement la création d’un service d’incendie. Elle n’est pas la seule, car de nombreuses plaintes et pétitions sont envoyées par les riverains du quartier qui se plaignent « des fumées très opaques et des odeurs à base d’alcool et d’acide qui se déversent abondamment sur le voisinage, très nuisibles aux hommes et à la culture maraîchère ».
Malgré tout, l’usine continue ses activités et dès les années 1930, c’est d’ici que partent les produits Cellolac destinés à la protection des structures métalliques des avions. Fort de son slogan « Cellolac : haute résistance, résultat durable », l’établissement de l’avenue du Général-de-Gaulle est réputé pour sa fabrication de produits spéciaux protégeant contre l’oxydation tout matériel métallique ou en dérivant.
  Dans les ateliers où s’affairent une quinzaine d’ouvriers, les matières premières sont dosées et minutieusement pesées puis versées dans les mélangeurs où elles sont brassées intimement. Recueilli, le liquide visqueux et coloré est ensuite abondamment malaxé et termine sa fabrication dans les laminoirs spéciaux. Cette dernière opération en assure la finesse qui fait la renommée des produits Cellolac. Précisons que la petite usine croissillonne fournit la majorité des usines d’aviation, Marcel Dassault en tête… Mais son champs d’activité ne se borne pas là et s’étend aux constructeurs de bateaux et aussi de véhicules automobiles qui utilisent fréquemment les vernis. En 1960, les établissements Cellolac, lauréats de deux concours internationaux, sont considérés dans les milieux autorisés comme la première industrie cellulosique de France !
Les vernis fabriqués portent des noms variés, souvent déterminés par la nature de leurs composants. On trouve le « vernis cellulosique » de courant usage, le « Birlon » et le « Priminof ». D’autres appellations sont aussi données : laques mates, laques brillantes, vernis craquelé, vernis au four, peinture martelées… L’usine possède son magasin entrepôt qui est situé un peu à l’écart des autres bâtiments. Les services d’expédition et les bureaux complètent cette usine malgré la forte odeur des diluants (acétone) qui flotte dans l’air.
En 1963, Cellolac fusionne avec les établissements Lory (une société française de peintures et vernis) et devient la société française de peintures et vernis Celomer. En 1969, Celomer est absorbé avec la SA des Peintures International et devient International Celomer. L’usine ferme alors ses portes et le site, désaffecté, est vendu en 1970 à une société civile immobilière qui y installe des bureaux d’étude et des entrepôts. Enfin, en 1998, l’ancienne usine Cellolac est entièrement détruite et cède sa place à…. un lotissement de standing. article paru dans "Côté Croissy" n°18 - janvier 2006
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