Artistes, hommes politiques, scientifiques et industriels... découvrez ces Croissillonnes et Croissillons qui ont fait parler d’eux.
Michel et Marie d’Ansse
Serviteurs de la reine Anne d'Autriche
Apothicaire et femme de chambre de la Reine, ces deux personnages dévoués à leur maîtresse ont marqué l’histoire de Croissy.
Don Miguel de Anssio naît en 1588 dans la petite ville de Tudela dans le Pays basque espagnol.
Jeune apothicaire à la Cour d’Espagne, il arrive à Paris en 1615 dans la suite de l’infante Anne d’Autriche qui épouse alors le jeune roi Louis XIII. C’est dans ses bagages que Don Miguel amène une bouillie brune alors inconnue en France et réputée pour ses vertus curatives… le chocolat.
A la fois apothicaire personnel et homme de confiance de la Reine à laquelle il rend de nombreux services, il exerce aussi par ses fonctions et ses origines communes une grande influence sur elle.
Naturalisé français, il prend le nom de Michel d’Ansse, échappant aux mesures d’expulsion prises par Louis XIII contre ses compatriotes.
En 1619, il épouse Marie Lambert, la fille d’un riche marchand apothicaire parisien. Grâce à lui, sa jeune épouse est nommée femme de chambre de la Reine, fonction qu’elle conservera jusqu’à la mort de sa maîtresse dont elle sera aussi la confidente et l’amie dévouée. Mise à l’écart par le cardinal de Richelieu et dédaignée par le roi son époux, Anne d’Autriche vit au milieu d’un cercle fermé dans lequel Michel d’Ansse se distingue par son art de l’intrigue. Il est impliqué dans plusieurs complots visant à renverser le cardinal de Richelieu. Ardent et zélé partisan de la Reine, il finit par tomber en disgrâce à la fin des années 1630, et ce malgré l’intervention en sa faveur de l’ambassadeur d’Espagne.
En avril 1640, les époux d’Ansse achètent pour 1.880 livres une propriété à Croissy, un petit village qui jouit de la proximité de Paris et du château de Saint-Germain-en-Laye où réside régulièrement la famille royale. C’est une petite ferme où l’élégance et le confort manquent. De grands aménagements y sont donc réalisés les années suivantes : construction de nouveaux bâtiments, aménagement d’un vaste parc et d’un jardin en terrasse descendant vers la Seine. Cette propriété occupe l’emplacement de l’actuelle Maison Joséphine.
Après la mort de Richelieu et de Louis XIII en 1643, la reine Anne d’Autriche devient régente. Les époux d’Ansse se voient généreusement récompensés pour leur fidélité dans les années difficiles. La faveur dont jouit Madame d’Ansse auprès de sa maîtresse devient si grande qu’elle porte ombrage au cardinal Mazarin qui ne l’apprécie guère. Gratifiée par Anne d’Autriche d’une dot de 75.000 livres, leur fille Louise-Angélique épouse en 1643 l’écuyer principal de la Reine, le chevalier François de Patrocles.
Les époux d’Ansse réussissent à intriguer auprès de leur maîtresse pour que la seigneurie de Croissy passe aux mains de leur gendre. Et c’est chose faite l’année suivante… Le petit village de Croissy est donc devenu un lieu de villégiature pour les proches de la Reine puisqu’y demeurent son apothicaire, ses deux femmes de chambre, son principal écuyer, mais aussi son confesseur et son garde du corps !
Michel s’éteint en 1649 au Palais-Royal. Un exceptionnel parcours d’intégration pour ce gentilhomme espagnol.
Sa veuve se retire alors à l’intérieur de l’enclos de l’hôpital des Quinze-Vingts. C’est là qu’elle rencontre en 1655 un aventurier faussement dévot qui profite de son hospitalité puis de celle de son gendre, dont il va courtiser l’épouse… L’affaire fit en son temps le tour de Paris et aurait inspiré Molière pour servir de trame à son Tartuffe.
Les dernières années de Madame d’Ansse s’écoulent dans les pratiques de la piété, partagées entre son logis parisien et sa résidence de campagne de Croissy. Un passage privé lui assure l’accès, à toute heure, à la petite chapelle personnelle qu’elle a faite construire à gauche du chœur de l’église. C’est à Croissy qu’elle s’éteint le 19 janvier 1680 à l’âge de 79 ans. Elle est inhumée dans l’église du village, un édifice qu’elle avait sauvé de la ruine avec son gendre, le seigneur Patrocles. Une grande dalle de cuivre rappelant son souvenir est visible également dans la chapelle de l’hôpital des Quinze-Vingts à Paris.
article paru dans "Côté Croissy" n° 40 - septembre 2009

- La dalle de Madame d'Ansse, chapelle de l'hôpital des Quinze-Vingts à Paris (28 rue de Charenton)
Emile Augier (1820-1889)
Académicien et auteur dramatique
Académicien, poète et auteur dramatique, qui se souvient aujourd’hui de ce Croissillon qui fut, avec Victor Hugo, le plus grand dramaturge de son époque ?
Né à Valence en 1820, Émile fait ses études de droit à Paris puis débute comme clerc chez un avoué. Il se destine au barreau mais se passionne avant tout pour la littérature… Il n’a encore que 24 ans quand son drame « La Ciguë » connaît un énorme succès à l’Odéon. Ce début retentissant lance sa carrière dramatique qui est dès lors ponctuée de grands succès.
Menant contre le romantisme la campagne du « bon sens », il entend présenter les évènements simples de la vie bourgeoise en les mêlant aux questions d’actualité : l’ascension des nouveaux riches, la vénalité de la presse, les querelles politiques entre conservateurs et progressistes, le culte de l’argent.
En 1862, « Le fils de Giboyer », qui attaque le cléricalisme, est joué grâce à l'intervention personnelle de Napoléon III.
Il est élu à l’Académie Française en 1857 mais son œuvre, aujourd’hui délaissée, a subi l’épreuve du temps.
A Croissy, la maison qu’il fait bâtir en 1855 au 34 quai de l’écluse est la toute première villa édifiée sur les bords de la Seine. Ses deux sœurs, Mesdames Déroulède et Guiard, viennent y faire bâtir également leurs maisons juste à côté. Ces trois maisons ne resteront pas longtemps isolées : villégiature de la bourgeoisie parisienne oblige, une floraison de villas raffinées voit le jour en bordure du fleuve à partir de 1860.
Émile Augier a conçu sa maison à peu près comme il construit ses pièces, acte par acte : « La salle à manger donnait sur une terrasse où nous dînions assez souvent les belles soirées d’été ; mais une fois, entre le rôti et le dessert, tomba tout à coup une pluie torrentielle. Cela me contraria et le lendemain on se mit à transformer cette terrasse en une véritable véranda avec balcon ; sur ce balcon, pensai-je, je fumerai ma pipe ; mais bientôt le soleil darda ses rayons sur ma tête, et un mois après, la véranda avait un étage de plus », confie-t-il.
Toutes ses œuvres - une trentaine de pièces - il les écrit à Croissy où il mène une existence simple, se promenant le jour et travaillant la nuit. Il y réside 8 à 9 mois par an et reste en hiver à Paris dans son appartement de la place des Pyramides.
A Croissy, il reçoit aussi ses amis : Théophile Gautier, Alexandre Dumas, Mérimée, Sainte-Beuve… et profite du voisinage immédiat de ses neveux : le poète et homme politique Paul Déroulède (30 quai de l’écluse), le poète Émile Guiard (36 quai de l’écluse) ainsi que de Félix Duquesnel, propriétaire du théâtre de l'Odéon.
La municipalité de Croissy, flattée de compter sur son territoire un administré aussi illustre, décide de donner lors de son arrivée en 1855 son nom à une nouvelle avenue située à proximité du pont de Bougival, alors en construction.
Il est élu conseiller municipal en août 1870. Malheureusement la guerre contre la Prusse éclate aussitôt. Il aide comme il peut les croissillons frappés par le malheur pendant cette dramatique période où la ville, occupée par les troupes prussiennes, est vidée des deux tiers de sa population. Il est à nouveau élu en novembre 1873 et restera conseiller plusieurs années et même… membre honoraire de la compagnie des sapeurs pompiers ! En 1882, il est invité à présider le banquet d’inauguration de la nouvelle église paroissiale Saint-Léonard, buvant « à la santé des maraîchers ».
Il s’éteint le 26 octobre 1889 dans sa villa de Croissy. Ses obsèques sont célébrées en grande pompe à Paris.
Ravagée par l’explosion d’une péniche chargée de munitions lors des combats de la Libération en août 1944, la villa du 34 quai de l’écluse est partiellement démolie peu après. Seul le rez-de-chaussée a été conservé et réaménagé par une société niçoise d’exploitation nautique (ce qui explique la présence d’ancres de marine sur la clôture). Le parc a été loti dans les années 1970.
Aujourd’hui, une plaque rappelle encore aux passants le souvenir l’ancien propriétaire des lieux.
article paru dans "Côté Croissy" n° 24 - janvier 2007

- La villa d'Emile Augier en 1889
Pierre Balmain (1914-1982)
Un grand nom de la mode à Croissy
Pendant près de 15 ans, Croissy eut pour hôte Pierre Balmain, un nom qui a fait le prestige de la France. Retour sur l’idylle qui a liée Croissy au grand couturier.
Né en Savoie à Saint-Jean-de-Maurienne en 1914 où ses parents dirigent une boutique de mode (Les Galeries Parisiennes), le petit Pierre est élevé par sa mère et ses tantes. II passe de longs moment au magasin, feuilletant les illustrés de mode et jouant avec les tissus… A l’adolescence, une vocation est née : il travaillera « dans la mode ».
Monté à Paris pour suivre des études d’architecture à l’école des Beaux-Arts, il entre à 20 ans chez le couturier Edward Molyneux puis, cinq ans plus tard chez Lucien Lelong.
Dès la fin de la guerre, fort d’avoir fait ses classes chez ces deux grands couturiers de l’entre-deux-guerres, il ouvre sa propre maison et s’installe en plein 8e arrondissement.
Dès sa première collection en 1946 c’est le succès, un succès qui ne le lâchera plus !
Broderies élégantes, formes ajustées et confortables : il s’inscrit pleinement dans la mouvance du « new-look », ce mouvement de modernisation du vêtement féminin d’après-guerre. Comme son contemporain et ami Christian Dior, il propose une silhouette rénovée « où la poitrine soulignée et la taille étroite épousent les formes du corps féminin ».
Bientôt s’élabore l’image d’une femme active et élégante avec une touche de désinvolture. C’est la naissance du style «Jolie Madame » qui symbolise le nouveau style français.
Au sommet de sa gloire, le couturier habille de nombreuses vedettes françaises ou étrangères telles que Brigitte Bardot, Marlene Dietrich ou Katharine Hepburn. Démocratisation de la mode oblige, les années 1970 donnent ainsi naissance au prêt-à-porter de grande diffusion qui s’implante avec succès sur le marché.
En 1954, las de Paris où son activité lui fait mener une vie harcelante, il achète à Croissy une villa édifiée en 1875 et située au 32 quai de l’écluse. Une propriété surplombant la Seine et entourée d’un grand parc ombragé avec une pièce d’eau, « dans le calme d’une banlieue d’arbres et de prés ». Réquisitionnée par l’armée allemande pendant l’Occupation et ruinée par l’explosion d’une péniche chargée de munitions en août 1944, la villa, abandonnée dans son parc en friche, est en bien mauvais état… L’idéal pour le grand couturier. Une occasion unique de matérialiser son rêve : une maison pour lui et repensée par lui :
- « Démodée, cette bourgeoise de la Belle Époque était tentante, malgré ses marquises en fonte et ses vérandas, vilaines verrues plaquées sur des murs heureusement construits en bonne pierre, comme on faisait en se temps-là », explique-t-il.
Tout ce qui date la maison d’une époque qui aimait la surcharge est impitoyablement supprimé : les vérandas sont transformées en ailes basses avec terrasses, les balcons, simplifiés, s’ornent de croisillons de fer forgé de style Directoire. Le couturier, qui n’a pas oublié ses études d’architecture, applique à sa maison la même recherche de simplicité qu’à ses modèles féminins. Enfin, il organise de somptueuses fêtes nocturnes dans son parc…
Sous le titre « Une folie sur la Seine », un reportage illustré paru en 1959 dans le magazine « Plaisir de France » nous fait pénétrer dans sa maison fraîchement transformée. Le couturier y présente sa riche collection d’objets et de mobilier du 18e siècle.
Pierre Balmain quitte Croissy à la fin des années 1960. Sa villa est conservée mais son vaste parc est alors morcelé pour donner naissance, en 1971, à un lotissement pavillonnaire.
Le grand couturier s’est éteint en 1982, mais la Maison Balmain a depuis continué l’aventure en maintenant la tradition tout en développant et renouvelant dans le même esprit le style et la création.
article paru dans "Côté Croissy" n° 37 - mars 2009

- La villa de Pierre Balmain dans les années 1960
Louis Bergeron (1811-1890)
Parcours d’un républicain
Journaliste satirique, auteur présumé d’un attentat raté contre le roi Louis-Philippe et expert en assurance vie… Portrait d’un Croissillon à la vie très mouvementée.
Né à Chauny dans l’Aisne en 1811, Louis montre très jeune une opinion républicaine très exaltée. A l’âge de 18 ans, il monte à Paris pour y suivre des études de droit qu’il finance en étant surveillant dans une petite pension.
Gagné aux idées de la Révolution de 1830 et hostile au régime qui lui a succédé, il intègre la Société des Droits de l’Homme pour y devenir, malgré son jeune âge, le chef d’une des sections les plus importantes de la capitale. Il participe à la tentative d’insurrection de juin 1832 et parvient à se dérober à l’œil vigilant de la police...
Mais le 19 novembre suivant, un coup de pistolet est tiré sur le roi Louis-Philippe au moment où ce dernier passe en cortège sur le Pont Royal pour se rendre à la Chambre des Députés. Personne n'est touché mais, dans le désordre provoqué par l'émotion, on finit par arrêter Louis. Niant les faits, celui-ci va transformer son audience en tribune républicaine. Après un long procès qui fait couler beaucoup d’encre, il est finalement acquitté l’année suivante, faute de preuves…
Louis profite de sa « notoriété » pour se consacrer au journalisme dans la presse d’opposition. Pour ne pas être inquiété, il signe ses articles sous le pseudonyme d’Emile Pagès. Il travaille pour Le Charivari, La Caricature, Le Pilori, Le Journal du Peuple et Le Siècle. Il publie aussi plusieurs livres, notamment Les Fables démocratiques (1839), un recueil humoristique inspiré de La Fontaine, ainsi que de nombreux vaudevilles.
En 1840, le journaliste conservateur Emile de Girardin lance contre lui une campagne d’accusations diffamantes dans son journal La Presse, révélant aux lecteurs qui se cache derrière la signature Emile Pagès. Louis lui demande réparation par les armes. Girardin refuse, il ne veut pas faire cet honneur à un « régicide ». Outragé, Louis vient le gifler publiquement dans sa loge à l’Opéra. L’affaire fait scandale et Louis est finalement condamné à trois ans de prison…
Avec la chute de Louis-Philippe et la Révolution de février 1848, Louis se voit attribuer une pension exceptionnelle de 500 francs sur la liste des récompenses nationales. Il est nommé par le Gouvernement, commissaire extraordinaire pour les départements de la Somme et de l’Aisne, ce qui ne l’empêche pas, en tant que membre influent de la Commission instituée pour la défense des principes républicains, un club inspiré des Montagnards de 1793, d’attaquer violemment la partie modérée du Gouvernement provisoire.
Mais après le coup d’état de Napoléon III en 1851, il décide prudemment de se retirer de la vie politique pour se consacrer exclusivement aux… assurances vie et au financement des retraites pour les ouvriers et les artistes, publiant sur ce sujet de nombreux ouvrages.
Il s’installe à Croissy qu’il a découvert grâce à son ami Victor Rousseaux, industriel parisien et ancien quarante-huitard comme lui, initiateur des premières caisses de retraite ouvrières. Rousseaux, qui y est conseiller municipal, y a aussi fondé L’Avenir, un journal qui commente dans un esprit polémiste les actualités de Saint-Germain-en-Laye et de la boucle de la Seine. En 1889, Rousseaux finira même par remporter les élections locales et être élu maire de Croissy.
Louis occupe une petite maison au 18 Grande rue, une propriété qu’il loue à l’historien Charles Bémont. Il se repose d’un vie quelque peu agitée en goûtant la quiétude de la petite cité maraîchère.
Il y décède le 1er août 1890 à l’âge de 79 ans. Il repose depuis dans le cimetière de la ville.
article paru dans "Côté Croissy" n° 30 - janvier 2008

- La Grande rue au temps d'Emile Bergeron
Robert Berri (1912-1989)
Le « dur » du grand écran
Avec sa silhouette massive et son ton bourru, ce Croissillon fut, pendant près de 40 ans, un acteur récurrent du cinéma populaire français.
Robert-Louis Berri naît à Paris en 1912.
C’est lors de ses études au collège de Saint-Germain qu’il découvre le théâtre avec son camarade de classe Jean Marais. Ensemble, ils jouent dans leur chambre d’internat devant un public imaginaire. A 18 ans, c’est décidé, il intègre le Conservatoire Maubel où il apprend les rudiments du métier grâce aux bons conseils du comédien Dorival de la Comédie Française.
Il commence à jouer dans des pièces de boulevard au théâtre Michel et passe d’un théâtre à un autre avec une petite troupe composée de Jean Sablon, Viviane Romance et Suzy Delair. Enfin, il entre au Casino de Paris où il rencontre Madeleine, une danseuse qu’il épouse en 1937.
Mais la guerre éclate. Mobilisé puis fait prisonnier en 1940, il réussit à s’évader du stalag et part en Zone Libre où il tourne dans plusieurs films. C’est ainsi que commence pour lui une longue filmographie (110 longs métrages) avec une prédilection pour les rôles de méchants et de durs. Il faut dire qu’il bénéficie du physique de l'emploi : une « gueule » encadrée de larges épaules... Aussi, s’agit-il d’incarner un robuste gangster, un patron de bistrot, un ouvrier parisien, les réalisateurs font immédiatement appel à lui.
Mais ce « méchant de pellicule » cache en réalité un grand cœur dévoué aux plus malheureux. Il est longtemps le vice-président de « La Roue Tourne », une association d’entraide créée pour aider financièrement les artistes dans le besoin.
S’il tourne dans de nombreux films de série B, des « nanars », comme il l’avouait, on le voit cependant dans :
- « L’auberge Rouge » (1951) de Claude Autant-Lara,
- « Le Président » d’Henri Verneuil (1960),
- dans la célèbre série des « Angélique, marquise des Anges »,
- « Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages » (1968) de Michel Audiard,
- « Laisse aller, c’est une valse » (1971) de Georges Lautner,
- « Le viager » (1972) de Pierre Tchernia,
- « Le magnifique » (1973) de Philippe de Broca,
- « Les vécés étaient fermés de l'intérieur » (1975) de Patrice Leconte et
- « Le piège à cons » (1979) de Jean Pierre Mocky.
Au cours de sa longue carrière, il donne la réplique à (excusez du peu !) Raimu, Maurice Chevalier, Simone Signoret, Bourvil, Fernandel, Yves Montand, Edwige Feuillère, Danielle Darrieux, Jean Gabin, Francis Blanche, Jacques Dufilho, Claude Brasseur, Robert Hossein, Magali Noël. Bernard Blier, Jean Yanne, Brigitte Bardot, Serge Gainsbourg, Mireille Darc, Michel Serrault, Michel Galabru, Philippe Noiret, Annie Girardot, Jean-Paul Belmondo, Jean Rochefort et Coluche, et bien d’autres...
Fatigué de Paris, il s’installe en location en 1966 à Croissy, dans un petit et modeste pavillon de la rue des pâquerettes. Un refuge qu’il ne quittera plus désormais.
Entouré de ses chiens, chats et nombreux oiseaux, il se plaît dans notre ville et s’investit même dans les animations. On le voit en février 1968 présenter et animer le gala du Club des Jeunes de Croissy dans la salle des fêtes du château. Pour l’occasion, il invite sur scène son vieil ami l’acteur Eddie Constantine.
A la fin des années 1970, il écrit le scénario de deux comédies : « Plein les poches pour pas un rond » avec Jean Lefèvre et Michel Constantin et « Horoscope » avec Alice Sapritch et Michel Galabru. Il fait également un peu de télévision, notamment dans les séries policières Le commissaire Moulin et Maigret.
Retiré du monde du spectacle à partir de 1982, Robert Berri s’éteint le 22 novembre 1989. Il repose au cimetière de Croissy, rejoint par son épouse quelques années plus tard.
article paru dans "Côté Croissy" n° 39 - juillet 2009
Pierre-Dominique Campan (1722-1791)
Bibliothécaire et secrétaire de Marie Antoinette
Des fastes de Versailles à la fuite à Varennes, ce Croissillon fut un proche et fidèle serviteur de Marie-Antoinette. Il s’est trouvé aux premières loges d'événements qui ont bouleversé la France et son Histoire.
Originaire de la vallée de Campan, au cœur des Pyrénées, où il est né en 1722, Pierre Dominique Bertholet en prend le nom quand, dans les années 1740, il est nommé à Versailles garçon puis officier de chambre ordinaire de la reine Marie-Leczinska, dont il épouse une des femmes de chambre.
A la mort de la reine en 1768, il accède à la charge de maître de la garde-robe de la fille du roi, Madame Adélaïde, avant de devenir 10 ans plus tard, secrétaire du cabinet de la jeune reine Marie-Antoinette, un poste qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort.
Il est aussi nommé régisseur du petit théâtre sur les planches duquel Marie-Antoinette aime à se produire devant ses proches. Plus tard, au Petit Trianon, il se voit chargé des ordres relatifs aux fêtes intérieures de la reine. Mais surtout, il occupe le poste de bibliothécaire de la reine. Une sinécure… Lors d’une visite à Versailles de l’empereur d’Autriche Joseph II, frère de la reine, celui-ci ironise : « Il n’y a sûrement pas ici d’ouvrages sur les finances ni sur l’administration » !
Son fils se marie à Henriette Genet, première femme de chambre, lectrice et confidente de Marie-Antoinette et qui laissera sur elle de célèbres Mémoires. Pierre-Dominique partage de ce fait non seulement l'intimité de la reine, mais aussi de nombreux secrets d'État.
Il découvre Croissy au printemps 1785 grâce à sa belle sœur Madame de Vareilles, femme de chambre de la reine.
Pendant sept années, la famille Campan séjourne régulièrement dans l’hôtel particulier du 6 bis Grande rue loué au financier Baudry de Marigny, à proximité d'autres "résidences secondaires" (comme on ne disait pas alors) de parents et d'amis. Cette belle bâtisse, construite par l’architecte Nicolas de l’Espine qui y demeurait au 18e siècle, est entourée d’un vaste parc et surplombe la Seine.
La famille Campan se lie d’une vive affection avec le seigneur du lieu Jean Chanorier. Croissy abrite alors une véritable petite colonie versaillaise : de Laurencel, procureur général, « l’homme le plus instruit sur les dessous de l’affaire du collier », Mesdames de Beauvert et de Vareille, femmes de chambre de la reine, le jeune comte de Forges de Parny, poète, le financier Travers de Beauvert et le fermier général de La Haye des Fossés, une des plus grandes fortune du royaume.
De service dans la nuit du 5 au 6 octobre 1789, quand les femmes de Paris se rendent à Versailles pour ramener la famille royale dans la capitale, il demeure auprès de la reine : « dans cette nuit même, il passa de la plus belle santé à un état de langueur qui le conduisit au tombeau en septembre 1791 » racontera sa belle-fille dans ses Mémoires. Marie-Antoinette a une telle confiance dans ce vieux monsieur de 67 ans, que le 6 octobre au matin, après avoir vu ses appartements envahis, elle lui confie secrètement tous ses bijoux. Il suit le couple royal au palais des Tuileries à Paris.
Épuisé et malade, Pierre-Dominique quitte les Tuileries en juin 1791 après le retour de la famille royale de Varennes. Il s’éteint quelques semaines plus tard.
C’est Madame de Lamothe-Hosten qui reprend le bail de la propriété de Croissy avant de le céder en septembre 1793 à son amie la citoyenne Beauharnais, future impératrice Joséphine. Mais ceci est une autre histoire…
article paru dans "Côté Croissy" n° 27 - juillet 2007

- L'hôtel particulier du 6 bis Grande rue
Jules Colombier (1809-1884)
Créateur de la Sacem
En 1884 disparaissait l'éditeur de musique Jules Colombier, maire de Croissy et fondateur d'une institution aujourd'hui incontournable... la Sacem.
D'origine modeste, Jules est né en 1809 dans un petit village de l'Oise. A l'âge de 16 ans, il décide de « monter » à Paris. D'abord embauché comme apprenti chez l'éditeur Lecointe, il va découvrir sa vocation en travaillant comme commis-libraire chez les grands éditeurs et marchands de musique de l'époque : Charpentier, Janet & Cotelle puis Meissonier.
C'est en 1838 qu'il achète de Petit le fonds d'édition qu’il va considérablement enrichir pour devenir rapidement l’un des principaux commerces parisiens de musique. « Colombier. Depuis bien des années, ce nom court à travers la France porté par les feuilles volantes où s’imprime la romance en vogue. La romance ! Colombier est un des grands prêtres de cette religion. C'est chez lui qu'entre autres se publie le fameux album de Paul Henrion, qui est impatiemment attendu par tant de fidèles. L'album de l'année ! C'est un évènement quand, vers le milieu de décembre, il apparaît à l'étalage de Colombier, tout pimpant, tout luisant, tout doré, avec sa toilette bleue, verte ou rouge » témoigne à l’époque le journal La Chronique illustrée.
Malgré les soins et le travail que réclame sa librairie « A la Lyre Moderne », Jules trouve toujours le moyen de mettre au service des autres une bonne partie de son temps, en participant notamment... à la création de la SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique). Comment ?
Un soir de 1847, un certain Ernest Bourget (un des auteurs édités par Jules) pénètre dans un café-concert. Là, surpris, il découvre qu'on est en train d'interpréter une de ses oeuvres. Fâché, il refuse de régler ses consommations puisqu'on ne rémunère pas l'auteur des morceaux joués... De là, il intente un procès contre ces « voleurs de musique ». Cautionné par Jules, il obtient gain de cause. Mais les cafetiers parisiens et leurs musiciens ne l'entendent pas de cette oreille et continuent d'exploiter ses oeuvres. Excédé, Ernest Bourget intente un second procès. Il en ressort vainqueur. A la suite de ces événements fâcheux, Jules a l'idée de fonder avec Ernest Bourget et les musiciens Paul Henrion et Victor Parizot, un syndicat des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique appelé « l'agence centrale pour la perception des droits des auteurs et compositeurs ». Syndicat qui deviendra en 1851... la SACEM.
Séduit par le charme de notre commune Jules y achète en 1849 l’élégante petite maison néogothique située au 4 avenue des Tilleuls.
Il occupe également le fauteuil de maire de Croissy de 1875 à 1881. C'est grâce à ses relations et à son infatigable activité que notre ville doit la construction de sa nouvelle église, l'établissement d'un bureau de Poste, d'un marché et du premier réseau d'égout sous le boulevard, la patte d'oie et la rue des ponts.
Respecté, « le vénérable éditeur » s'éteint le 19 janvier 1884 dans son appartement de la rue Vivienne à Paris. Il repose au cimetière de Montmartre.
article paru dans "Côté Croissy" n° 7 - mars 2004

- Jules Colombier dans sa propriété de Croissy
Monna Delza (1882-1921)
Actrice et icône
Un destin étonnant que celui de cette comédienne croissillonne qui fut, entre 1910 et sa mort tragique en 1921, une des jeunes premières les plus populaires.
Marguerite Delesalle voit le jour en 1882 dans un étroit et sombre logement parisien. Une enfance très modeste, misérable même : son père travaille durement comme ajusteur-fraiseur dans une usine de banlieue tandis que sa mère, couturière à domicile, peine à joindre les bouts pour élever ses quatre enfants. Paul, l’aîné, deviendra plus tard un syndicaliste célèbre et l’un des fondateurs de la CGT. Marguerite, quant à elle, est placée en apprentissage chez une modiste dès son adolescence. Mais elle rêve de fuir sa condition et ne pense qu’à la comédie…. Avec ses modestes économies, elle prend le soir des leçons de théâtre. Pendant plusieurs années, elle lutte et multiplie les auditions. En vain.
Mais le rêve devient enfin réalité en 1907. Elle a 25 ans mais en déclare six de moins quand elle débute sur les planches du théâtre du Vaudeville dans « Patachon ». Un petit rôle mais on remarque « sa petite tête futée et volontaire ». Critiques et auteurs s’accordent pour trouver dans cette toute nouvelle comédienne qui n’a pas fréquenté le Conservatoire quelque chose de résolument neuf et naturel. Le succès ne tarde guère et l’année suivante, elle passe déjà en tête d’affiche au théâtre du Gymnase. Maintenant, tout s’enchaîne, et l’ancienne petite modiste prend sa revanche.
Soutenue et aidée par ses admirateurs, Marguerite (devenue Monna Delza, contraction de son nom de famille) ne tarde pas à s’acheter une grande villa sur les bords de Seine à Croissy (26 quai de l’écluse). Une maison de style mauresque édifiée quarante ans plus tôt par le célèbre architecte Duc. Le Figaro écrit : « A Croissy, où elle est propriétaire d’un délicieux cottage, elle se livre aux émotions du canotage automobile et à la conduite de sa voiture de quarante chevaux. Sa villa est remplie d’objets et d’œuvres d’art du meilleur goût. »
Amatrice et collectionneuse d’art, Monna multiplie aussi les aventures galantes et certains dilapident pour elle leur fortune... Promue ambassadrice des grands couturiers (Béchoff-David, Poiret) sur la scène et dans les grandes revues illustrées, Monna popularise une silhouette nouvelle, longiligne, débarrassée des corsets et des jupons froufroutants, les cheveux courts, les turbans et surtout les interminables colliers de perles. On retrouve aussi l’actrice dans les campagnes de publicité des grands produits de beauté, notamment les savons Cadum.
Son plus grand succès, « La Vierge Folle », en 1910, est un véritable triomphe. Un article du New York Times qui lui est consacré indique que 40.000 dollars par an suffisent à peine à couvrir ses dépenses pour ses seules robes ! Admirateurs, voitures, bijoux, fourrures, grands succès sur les planches, cinéma muet, rien ne semble s’arrêter.
A partir de 1914, la guerre restreint la vie théâtrale de la capitale. Monna, assagie, épouse un jeune héritier, le comte Patrimonio.
Mais le conte de fée ne va pas durer…
Son époux meurt au front et des dettes commencent à s’accumuler. Monna remonte sur scène en 1918. Le succès est toujours là quand soudain, c’est la chute imprévue. En quelques jours seulement, la jeune actrice meurt d’une grippe infectieuse.
La nouvelle de sa disparation brutale surprend tout le monde. Durant une semaine, la presse multiplie les hommages : « Monna incarne à jamais le charme parisien de l’avant-guerre. En 1912, tous les collégiens de France avaient sa photographie dans leur pupitre… », « Son nom restera à jamais le symbole de l’élégance parisienne ».
Mais les mémoires sont courtes... Qui aujourd’hui se souvient encore de Monna Delza ?
Ses biens sont immédiatement mis en vente après sa mort. Les bijoux, vendus chez Drouot, rapporteront près de 761.000 francs. Sa villa du quai de l’écluse a disparu quant à elle dans les années 1960.
Article paru dans "Côté Croissy" n°39 - juillet 2009
Paul Déroulède (1846-1914)
Un Croissillon controversé
Auteur d’un coup d’État raté en 1899, grand tribun et agitateur de foules, ce Croissillon fut une des grandes figures politiques de la Troisième République.
Né à Paris le 2 septembre 1846, Paul passe son adolescence à Croissy où son père, Joseph, avoué à la cour d’appel de Paris, a fait construire en 1859 une villa au 30 quai de l’écluse. Sa mère est la sœur du dramaturge Émile Augier qui a fait bâtir lui aussi une villa juste à côté. Paul suit des études de droit, comme son père, mais la carrière de son oncle le tente bien plus…
Survient la guerre de 1870. Paul s’engage volontaire chez les Zouaves. Fait prisonnier par les Prussiens, il parvient à s’évader, déguisé en paysan. De retour à Paris pendant la Commune en 1871, il s’engage dans l’armée versaillaise pour combattre les insurgés parisiens. Il est d’ailleurs blessé au bras en conduisant l’assaut d’une barricade.
Parallèlement à sa vie de garnison, Paul publie un recueil de poésies patriotiques : Les Chants du Soldat. C'est un immense succès. Il décide alors de vivre de sa plume. Hanté par la défaite de 1870, et afin d’entretenir dans l’esprit de ses compatriotes l’idée de la revanche contre l’Allemagne (reconquête de l’Alsace et de la Lorraine), il se lance dans l’action politique. En 1882, il fonde le mouvement nationaliste La Ligue des Patriotes.
Depuis la mort de son père en 1872, Paul habite Croissy. On le voit participer à la souscription pour la création du bureau de poste, l’édification de la nouvelle église et même participer aux élections municipales de mai 1884. Il est élu conseiller municipal mais démissionne presque aussitôt n’ayant que peu de temps à consacrer à la politique locale.
Dans les années qui suivent, il rompt avec le milieu parlementaire dont il dénonce la corruption. Le projet de régime autoritaire proposé par le général Boulanger emporte son adhésion. Manifestations, meetings, propagande, la Ligue des Patriotes, forte de 182.000 adhérents, est devenue un puissant instrument d’agitation dont la turbulence inquiète grandement le Gouvernement qui finit par l’interdire.
Le 23 février 1899, pendant les obsèques du Président de la République Félix Faure, il tente de marcher sur l’Élysée à la tête des les troupes militaires qui viennent de défiler. Leur chef, le général Roget, refuse. La tentative de coup d’État a échoué. Paul est arrêté sur l’heure mais la Cour d’Assises l’acquitte.
Malgré tout, il poursuit ses turbulentes activités en annonçant un prochain coup de force. Dans ce climat politique houleux (on est en pleine affaire Dreyfus), le Gouvernement prend des mesures. Le 12 août 1899 au petit matin, une vingtaine de gendarmes viennent l’arrêter dans sa villa du quai de l’écluse où il vit avec sa sœur. La Haute-Cour le condamne à dix ans de bannissement pour « complot contre la sûreté de l’État ».
Aussitôt, Croissy devient le lieu de pèlerinage de ses très nombreux partisans. A chaque date anniversaire de son arrestation, une importante foule de Ligueurs se réunit devant la propriété du 30 quai de l'écluse.
Paul bénéficie d'une amnistie après 5 ans d’exil passés en Espagne. A son retour, l’ancien leader nationaliste renonce à sa carrière politique pour se consacrer uniquement à la propagande patriotique.
Il s’éteint le 30 janvier 1914, quelques mois avant le déclenchement d’une guerre qu'il appelait de ses vœux depuis plus de 40 ans…
Dans les années 1920, la municipalité de Croissy décide de donner son nom à la partie ouest de l’avenue Émile Augier, rappelant ainsi le lien de parenté qui unissait les deux Croissillons. Quant à sa propriété du quai de l’écluse, elle a disparu dans les années 1970 pour céder la place à un lotissement.
article paru dans "Côté Croissy" n° 31 - mars 2008

- Rassemblement devant la villa Déroulède
Amélie Diéterle (1871-1941)
L’ascension d’une étoile
Admirée par ses contemporains pour son jeu talentueux et son esprit piquant, cette célèbre comédienne Croissillonne triompha dans les œuvres légères du Paris insouciant de la Belle Époque.
« On a usé des épithètes les plus flatteuses pour parler de la grande beauté de cette délicieuse vedette et il est de fait que La Diéterle est bien charmante » écrivait au début du siècle un journaliste parisien. Amélie Laurent, fille naturelle d’un officier de cavalerie, naît à Strasbourg en 1871. Après avoir obtenu le premier prix de chant au conservatoire de Dijon, elle gagne la capitale où elle intègre les Concerts Colonne.
"Protégée" du collectionneur d'art et propriétaire de théâtre Paul Gallimard (le père du célèbre éditeur), Amélie débute s’installe au théâtre des Variétés, la grande institution parisienne de la Belle Époque, célébrée par Toulouse-Lautrec. « Étoile du théâtre des Variétés, Mademoiselle Diéterle est constamment sur l’affiche, une étoile fixe » lit-on, mais une étoile qui brille au sein d’une troupe incomparable : Jane Granier, Ève Lavallière, Mistinguett, Max Dearly, Réjane, Albert Brasseur et plus tard Raimu que l’on verra débuter à ses côtés en 1922. Elle y restera 35 ans.
Applaudie tout autant par le peuple que par les têtes couronnées (elle joue et chante « la Belle Hélène » et « la Vie Parisienne » au théâtre de la Cour du Tsar à Saint-Pétersbourg), à Paris comme à l’étranger (elle triomphe au Brésil à Rio et São Paulo), immortalisée par les photographes Nadar et Reutlinger et par le peintre Renoir dont elle est une des actrices favorites, Amélie apparaît en couverture de nombreuses revues et même dans la collection des photos de « vedettes » distribuées par les magasins Félix Potin en 1907.
Le poète Stéphane Mallarmé, un de ses admirateurs, écrivit en son hommage un quatrain :
"Du rossignol aux bosquets miens
Jette sa folle et même perle,
Il prélude et je me souviens
De Mademoiselle Diéterle."
Enthousiasmée par le tout nouveau 7ème Art, Amélie s’y distingue dès 1909 dans « Le Légataire universel » d’André Calmettes. Elle jouera par la suite dans de nombreuses comédies, notamment dans la série des Rigadin (le Max Linder français), avec Mistinguett aussi, ainsi que dans les longs métrages réalisés par Albert Capellani et sa « société cinématographique des auteurs et gens de lettres » dont le but était de porter à l’écran les œuvres prestigieuses de la littérature française et qui plaça à la veille de la Grande Guerre la société Pathé au sommet de sa gloire.
Au début du siècle, Amélie acquiert à Croissy un terrain à l’angle de la rue Maurice-Berteaux et de la rue des Coteaux sur lequel elle fait bâtir, suivant la mode du temps, une coquette villa aux allures de cottage anglais qu’elle baptise « Villa Omphale », du nom d’un de ses grands rôles (« Les travaux d’Hercule » en 1901). « Si vous saviez combien j’adore la vie simple et calme et à quel point je suis heureuse de me reposer dans ma propriété de Croissy ! Je suis en vérité une affreuse petite bourgeoise » déclarait-elle en 1910.
Compromise malgré elle dans l'affaire du trafic des faux Rodin en 1919 et fatiguée par 30 années passées sous les feux de la rampe, elle quitte la scène en 1923.
En juin 1940, Amélie abandonne sa propriété de Croissy pour gagner son autre "villa Omphale" à Vallauris où elle s'éteint en janvier 1941 à l'âge de 70 ans.
Bien plus tard, à l’occasion de la commémoration du cinquantenaire de la mort du peintre Renoir en 1969, le Festival de Cannes publiait une plaquette représentant le portrait d’Amélie Diéterle peint en 1899. Le cinéaste Jean Renoir, fils du peintre, y écrivait « La loi du monde c'est l’équilibre. En face des horreurs de l'existence, il est nécessaire d'avoir des refuges dans lesquels on peut, pendant quelques heures, croire que tout est beau, que tout est facile. Cannes est l’un de ces refuges et le portrait de mademoiselle Diéterle l’illustre parfaitement. » On ne pouvait lui rendre un meilleur hommage.
article paru dans "Côté Croissy" n° 12 - janvier 2005
Joseph-Louis Duc (1802-1879)
Un Prix de Rome à Croissy
L’architecte de la colonne de la place de la Bastille et du Palais de Justice de Paris était aussi Croissillon. Il construisit et habita, sur le quai de l’écluse, la propre villa.
Né en 1802, Joseph-Louis reçoit à 23 ans le Prix de Rome pour son projet d’Hôtel de Ville pour Paris. Cette bourse d’étude lui permet de séjourner quatre ans à la Villa Médicis où il rencontre et se lie d’amitié avec ses jeunes confrères Duban, Labrouste et Vaudoyer.
A son retour à Paris, il est nommé architecte de la colonne commémorative de la Révolution de juillet 1830 érigée sur la place de la Bastille. Il conçoit une colonne creuse, haute de 47 mètres, surmontée d’un génie représentant "la Liberté qui s'envole en brisant ses fers et en semant la lumière". La colonne est achevée et inaugurée en 1840.
Cette même année, Joseph-Louis est nommé architecte du Palais de Justice sur l’île de la Cité. Il se trouve à la tête d’un chantier qu’il poursuivra jusqu’à sa mort. Il restaure d’abord la salle des Pas Perdus, la vieille tour de l’Horloge puis reconstruit les bâtiments médiévaux sur le quai.
Les travaux sont quasiment achevés lorsque éclate la Commune en 1871. Allumé en divers endroits du Palais de Justice par les insurgés, l’incendie réduit à néant plus d’un quart de siècle de travaux. Dès lors, tout est à recommencer… L'occasion pour Joseph-Louis de personnaliser encore plus nettement son ouvrage dans les parties à reconstruire, notamment le bâtiment de la Cour de Cassation et sa façade sur la place Dauphine et la célèbre galerie des bustes, qui est son œuvre majeure. Ses travaux lui valent d’être élu à l’Institut en 1866 et de recevoir en 1869 le grand prix d’architecture créé par Napoléon III et dont il devait être le premier et dernier titulaire !
Les deux principales résidences privées qu’il construit sont la villa Boulard, à Biarritz, et la villa de Croissy, sa résidence secondaire.
Édifiée en 1861 en bordure de la Seine, sur le quai de l’écluse, il s’agit là d’un véritable manifeste du « pittoresque de villégiature » en vogue à l’époque, avec ses bois exotiques et son décor orientaliste. Elle est en outre somptueusement décorée à l’intérieur par le peintre Alexandre Denuelle.
Joseph-Louis y demeure à la belle saison, passant l’hiver dans son appartement de la rue de Rivoli. Au cours des années 1860 et 1870, il figure d’ailleurs parmi les croissillons les plus imposés de la commune, il est à ce titre invité de droit par le conseil municipal à donner son avis sur les grandes décisions prises par la municipalité.
Il s’éteint en 1879 et repose au cimetière de Montmartre.
Sa villa de Croissy va connaître bien des déboires. Après avoir été habitée par l'architecte Edouard Loviot puis par la célèbre actrice Monna Delza dans les années 1910-1920, elle est occupée et pillée par les troupes allemandes en été 1940, puis réquisitionnée pour le Bauvorhaben Pilz de 1941 à 1944, enfin, elle est rendue inhabitable en août 1944 suite à l’explosion face à elle d’une péniche chargée de munitions.
La villa reste inoccupée pendant plus de 20 ans tandis que ses communs sont réquisitionnés par les pouvoirs publics pour héberger plusieurs familles touchées par la crise du logement qui frappe la région parisienne après-guerre.
Enfin, l’œuvre originale et oubliée de l’architecte est rasée en 1968 avant de céder la place à un lotissement d’une trentaine de pavillons résidentiels : « le parc de l’écluse ».
Triste destin pour cette villa qui aurait pourtant mérité, comme sa sœur de Biarritz, son inscription à l’inventaire des Monuments Historiques…
article paru dans "Côté Croissy" n° 26 - mai 2007

- La villa Duc à Croissy
Louis Ganderax (1855-1940)
Une plume au vitriol
Au début du 20e siècle, la Grande rue eut pour riverain celui qui fut un des grands critiques littéraires de la Belle Époque.
« Un gaillard à la forte ossature, avec une épaisse barbe à reflets fauves, des cheveux drus taillés en brosse, un nez vigoureux et crochu, des yeux largement fendus qui regardent derrière un inamovible binocle, un type de pionnier de la pensée et de l’art ».
Ganderax est né à Paris le 25 février 1855. Sorti agrégé de Lettres de l’école normale supérieure, il renonce aussitôt au professorat pour se consacrer à sa seule véritable passion, la littérature.
Il débute ainsi dans la très sévère Revue des Deux Mondes dont il devient, à 26 ans, le critique littéraire attitré. C’est ainsi qu’il achève de s’initier au secret de son art et offre en 1888 à la Comédie française une pièce de théâtre, Pépa, qui connut un large succès. Il collabore aussi régulièrement au Figaro et à d’autres grands quotidiens nationaux où ses critiques foudroyantes, véritables jugements définitifs sur les nouveautés littéraires, sont attendues impatiemment par les lecteurs et redoutées par les auteurs... Une position tyrannique dans la presse qui lui vaut beaucoup d’ennemis dans le milieu des lettres où l’on se plaît à stigmatiser sa rigidité de normalien, son côté « pion » : « Ganderax ? Un grammairien scrupuleux et implacable, redoutable pour ses collaborateurs. Un texte, fût-il d’Anatole France, n’échappe pas à ce terrible censeur... »
Cet ami intime de Goncourt, de Maupassant et de Proust, fonde en 1894 l’hebdomadaire La Revue de Paris, dont il demeurera le directeur jusqu’à la veille de la Grande Guerre.
Désireux de fuir l’animation bruyante de la capitale, Ganderax acquiert en 1907, la vaste propriété du 3bis et 3ter de la Grande Rue, une immense villa qui appartenait précédemment à une célèbre cantatrice de l’Opéra.
Souhaitant étendre son jardin qui descend vers la Seine, il loue à la municipalité la propriété voisine, l’ancien presbytère, moyennant 740 francs annuels. Mais l’édifice communal, en ruine, lui vaudra bien des tracas. Plusieurs années durant, Ganderax ne cessera de se plaindre au maire de « l’état déplorable dans lequel se trouve cette construction, on ferait mieux de dire cette ruine dans laquelle on ne peut rien conserver tellement elle est humide ». La municipalité refusant d’y effectuer des travaux, il ne souhaitera pas renouveler le bail, déclarant que les planchers menacent de s’effondrer...
« A Croissy, lorsqu’il n’écrit pas, Ganderax lit, se promène à travers les livres de sa bibliothèque si touffue. Le reste du temps, il y accueille le monde littéraire car sa conversation est fort goûtée » commente un journaliste local. En effet, le directeur de la Revue de Paris reçoit chez lui, très simplement, les grands noms contribuant à sa revue : Paul Bourget, Maurice Barrès, Pierre Loti, et même l’acteur Lucien Guitry qui y séjourna plusieurs étés avec son fils, Sacha.
Ganderax quitte Croissy au milieu des années 1920 pour Paris où il s’éteint en janvier 1940. Mais resté fidèle à notre petite ville qu’il aimait tant, il repose depuis, selon ses volontés, au cimetière de Croissy.
Grâce à lui, les silhouettes des grands noms du monde des Lettres de la Belle Époque se sont profilées dans la Grande rue...
article paru dans "Côté Croissy" n° 9 - juillet 2004

- La Grande rue au temps de Ganderax
Charles Guieysse (1868-1920)
Un humaniste sous l’uniforme
Ce Croissillon, ami de Jean Jaurès et de Charles Péguy, fut un des esprits les plus brillants de la vie intellectuelle française du début du 20e siècle avant de tomber dans l’oubli. Il a été aussi maire de Croissy.
Fils d’un ingénieur hydrographe (qui sera plus tard député et ministre des Colonies), Charles naît à Paris en 1868. Après des études à l’école polytechnique, il décide de se consacrer à une carrière militaire : il est nommé lieutenant d’artillerie à 23 ans. Prenant très à cœur son métier d’officier, il s’attache notamment aux « fortes têtes », suivant sa théorie de fonder l’obéissance non sur l’autorité émanant du grade mais sur une confiance réciproque. Partisan d’une action morale des officiers sur leurs soldats, il est aussi l’auteur d’un ouvrage : « De la lutte contre l’alcoolisme dans l’armée et par l’armée ».
Capitaine d’artillerie lorsqu’éclate, en 1898, l’affaire Dreyfus (dont il est un fervent partisan), il démissionne de l’armée l’année suivante pour reprendre, selon ses mots, « son entière liberté d’action ».
Commence alors pour lui une riche période d’activités. Avec ses amis Maurice Kahn et Georges Moreau, il fonde en 1901 l’hebdomadaire politique Pages libres, une revue dont l’influence sera profonde sur la vie intellectuelle française de la Belle époque et à laquelle collaborent de nombreux auteurs. Secondant l’action de la confédération générale du travail (CGT), il est aussi en 1906, l’un des rédacteurs de la Charte d’Amiens, acte fondateur du syndicalisme français, formalisant l’indépendance des syndicats vis-à-vis des partis politiques.
Devenu conférencier à l’école des hautes études politiques, il se propose « d’arriver politiquement et socialement à la vérité et à la justice en se livrant à la critique et à l’interprétation des faits politiques et sociaux ». C’est pourquoi, il réorganise et dirige à Paris les Universités Populaires, destinées à l’éducation des classes laborieuses pour « les apprendre à être aptes à concevoir et réaliser la liberté ». Beau dessein humaniste mais la réalité va faire obstacle à sa réalisation… Épuisés par leurs journées de travail, les ouvriers ne viendront en fait jamais massivement aux cours et conférences et s’en détourneront même assez rapidement.
Il décide de renoncer à toute vie publique et rentre volontairement dans l’ombre. Il s’installe à Croissy dans le pavillon Henri IV, au 4 avenue des Tilleuls, la propriété familiale de son épouse.
Charles devient alors directeur d’une usine de colles et de gélatines à Rueil-Malmaison. En 1913, il fait un long voyage en Inde pour rechercher des matières premières. Il entre aussi au Conseil municipal de Croissy en 1908.
Quand éclate la Grande Guerre en 1914, il reprend sa place d’artilleur, réclamant une batterie puis un groupe de combat alors que son âge lui permet de rester à l’arrière. Promu lieutenant-colonel et décoré chevalier de la Légion d’Honneur et Croix de Guerre, il regagne sa résidence croissillonne en février 1919. Il est élu maire de Croissy quelques mois plus tard.
Dès son élection, il met en place une caisse de secours de chômage pour lutter contre la précarité des nombreux Croissillons mobilisés de retour dans leurs foyers et se trouvant sans emploi. Il créé aussi un office communal de ravitaillement chargé de recevoir et répartir charbon et denrées alimentaires aux plus nécessiteux. Il prend même un arrêté fixant le prix du kilo de pain dans les boulangeries. Enfin, il met en place des cours d’éducation physique gratuits pour les enfants de 6 à 15 ans ainsi que le tout premier service de cantine scolaire.
Mais son mandat sera de courte durée : il s’éteint à Croissy le 16 décembre 1920 des suites d’une urémie. Il repose à Paris au cimetière Montparnasse.
article paru dans "Côté Croissy" n° 28 - septembre 2007

- La villa de Charles Guieysse à Croissy
Roger Henrard (1900-1975),
Un Croissillon dans les airs
Pilote acrobate et infatigable chasseur d’images, ce Croissillon compte parmi les pionniers et les plus grands noms de la photographie aérienne. Il survola la France entière entre l’après-guerre et les années 1970.
« L’enragé du ciel » (ainsi se définissait-il) naît à Paris en 1900. Peu intéressé par les études, il se lance dès l’âge de 16 ans dans la vie active et exerce plusieurs petits métiers avant d’être engagé par les Établissements Schmidt, les constructeurs du Breguet 14 (célèbre avion de la Grande Guerre) où il est chargé du montage des instruments de bord. En 1918, il obtient, peu avant l’armistice, son affectation militaire dans un centre de formation de pilote.
Après guerre, il rejoint son père dans les Établissements Jules Richard, une usine du 19e arrondissement où sont fabriqués de nombreux instruments de mesure et de photographie, notamment le célèbre « vérascope » (appareil photo stéréoscopique). Quand son PDG Jules Richard meurt en 1930, il lègue la majorité de ses actions et de ses biens à son plus proche collaborateur : Léon Henrard (père de Roger) qui prend ainsi la direction de l’entreprise.
Devenu l’assistant de son père, Roger va pouvoir combiner sa passion pour le vol et ses compétences techniques de photographe. En 1933, il acquiert un vieil avion Farman, qu’il équipe, pour ses prises de vue, d’un appareil à la pointe de la technologie… de l’époque - le planiphote automatique (commercialisé par son entreprise), permettant le « mitraillage » photographique en volant à 100 Km/h.
L’hebdomadaire L’Illustration publie en 1938 ses premières vues aériennes de Paris, et de 1938 à 1939, les services secrets lui confient des missions d’espionnage aérien au dessus de l’Allemagne. Roger y prend plus de 10.000 clichés…
En 1939, il est mobilisé comme pilote de chasse dans l’escadrille de Jules Roy avec qui il se lie d’amitié. En 1942, il rejoint les forces alliées en Afrique du Nord. A la fin de la guerre, il s’installe avec sa femme et ses deux enfants à Croissy, dans une belle villa de la fin du 19e siècle, œuvre de l’architecte Tropey-Bailly, située en bordure du fleuve à la limite de Chatou. Il y demeurera plus de 30 ans.
Devenu PDG des établissements Jules Richard en 1953, il délègue la gestion de l’entreprise pour se consacrer désormais exclusivement à la photographie aérienne.
Exerçant un contrôle sur tout (de la préparation des prises de vue au classement des épreuves), il quadrille et photographie la France entière, réussissant même à convaincre les autorités civiles et militaires de le laisser survoler Paris à très basse altitude.
« Il prend ses photos avec toute la précision d’un pilote de chasse. Il calcule ses heures d’arrivée, ses itinéraires et repère toujours quelque terrain de fortune pour s’avachir en cas de panne de son unique moteur. Au dessus de Paris, par exemple, il est à peu près sûr de pouvoir toujours se flanquer dans la Seine entre deux ponts, sur les plants de salades et d’épinards de Gennevilliers ou les verrières de la gare de l’Est ? » C’est ainsi que son ami l’écrivain Jules Roy évoque, en 1953, la manière dont il préparait ses reportages, après avoir transformé son avion Norécrin monomoteur en « laboratoire optique ».
Jusqu’aux années 1970, ses vues aériennes obliques en noir et blanc des communes françaises ont été très largement diffusées par les principaux éditeurs de cartes postales.
Roger Henrard s’éteint en juin 1975 dans sa propriété croissillonne de l’avenue des tilleuls des suites d’un cancer qui ne l’aura pas empêcher de voler jusqu‘à ses dernières années.
article paru dans "Côté Croissy" n° 25 - mars 2007

- Vue aérienne de Croissy par Roger Henrard
Maurice Leblanc (1857-1923)
Un inventeur de génie
Ingénieur polytechnicien, ce Croissillon (qui n'a qu'une relation d'homonymie avec l'auteur de la série "Arsène Lupin »), fut un des scientifiques les plus innovateurs de son temps.
Issu d’une famille modeste, Maurice naît à Paris en 1857. Il entre à l’école Polytechnique à l’âge de 19 ans avant d’intégrer à sa sortie, la compagnie des chemins de fer de l’Est où il dirige pendant 8 ans le service de la traction, étudiant le projet de locomotives à grande vitesse. Il travaille par la suite pour de nombreuses sociétés à l’étranger comme en France.
En 1880, il expose dans la revue La lumière électrique la problématique de la transmission d'images à distance au moyen de l'électricité. On trouve dans cet article la description du principe de balayage de la totalité d'une image au moyen d'un rayon lumineux dévié par un miroir oscillant sur deux axes orthogonaux.
Avec prémonition, Leblanc, qui ne fait pas allusion au rayonnement cathodique, suggère l'utilisation des propriétés luminescentes de certaines substances pour visualiser le signal électrique au moment de la reproduction.
Il s’agit là d’une des étapes qui permettront aux chercheurs successifs de peaufiner l’élaboration de ce qui deviendra - un jour - la télévision...
Ses premiers travaux importants, publiés en 1891, concernent les moteurs d’induction qui viennent d’être inventés par son confrère américain Nikola Tesla. Ces études le conduisent à une brillante série d’inventions relatives aux courants alternatifs et aux surtensions dans les réseaux électriques.
Vers 1900, il commence à délaisser l’électricité pour s’occuper de nouveau de mécanique et de l’emploi de l’air comme agent frigorifique.
Ses recherches portèrent d’abord sur un frigorifère domestique destiné à refroidir et à sécher l’air des habitations. Il pensa qu’on rendrait les pays tropicaux plus habitables si l’on peut le réaliser cette machine, sans produits chimiques et sans pression, pour un usage domestique. Il est invité par la compagnie américaine Westinghouse à élaborer une machine capable aussi de fournir de l’eau fraîche et de la glace aux basses températures.
Son invention est brevetée avec l’industriel et inventeur américain George Westinghouse. Cette machine ne tarde pas à être adoptée par la marine française et la marine russe pour le refroidissement des soutes à munitions des grands cuirassés et par la marine marchande pour le refroidissement des magasins à vivres et chambres froides des paquebots.
De nombreuses récompenses et distinctions viennent, à juste titre, sanctionner son travail : prix de l’Académie des sciences en 1899, grand prix à l’Exposition Universelle de 1900, prix de la société des ingénieurs civils en 1912. Il est élu président de la Société internationale des électriciens en 1904, élu membre du comité de la société française de physique en 1904, promu professeur d’électricité à l’école nationale des Mines, et, surtout, élu président de l’International Electrotechnical Commission (IEC), un organisme de normalisation traitant des domaines de l'électricité et de l'électronique de 1913 à 1919. Le seul Français à avoir occupé ce poste. Enfin, il est élu le premier d’une nouvelle division, celle des sciences appliquées à l’industrie, à l’Académie des Sciences en novembre 1918…
Maurice découvre Croissy au tout début du 20e siècle. Charmé par sa quiétude et son esprit de villégiature, il loue « le Val », une vaste propriété située à l’angle de la Seine et du pont de Bougival et dont seul subsiste aujourd’hui une partie de son jardin : le parc des berges. Tel un patriarche, il s’y installe avec ses huit enfants et nombreux petits enfants. Attaché à Croissy, il finit par acheter « le Val » et se présente même aux élections municipales locales.
En 1910, il assiste à la suppression du péage situé sous ses fenêtres et qui limitait les passages sur les pont, ainsi qu’à l’impressionnante crue du fleuve qui submerge littéralement le parc de sa villa.
Conseiller municipal de 1912 à 1919, il fait parti de la municipalité réduite pendant la Grande Guerre du fait de la présence des hommes sur le front. Une municipalité qui a la lourde tâche d’administrer la commune pendant ces quatre années. Président de la commission des bâtiments communaux, on le voit plancher sur un projet de construction d’école maternelle, sur l’agrandissement de la mairie et sur le prolongement de l’avenue Foch jusqu’à la rue Maurice-Berteaux. Dans un tout autre domaine, il soutient et promeut le développement de la fanfare municipale « la Persévérante ».
Malade, il préfère regagner Paris après la guerre où il s’éteint en octobre 1923, à l’âge de 66 ans, dans son appartement du boulevard Montmorency. Il repose au cimetière du Père-Lachaise.
En 1937, le peintre Raoul Dufy l’a immortalisé aux côtés d’autres savants ingénieurs sur le monumental panorama de 60 mètres de long « La Fée électricité », exposé de nos jours au Musée d’art moderne de la ville de Paris.
article paru dans "Côté Croissy" n° 29 - novembre 2007

- La villa de Maurice Leblanc lors de la crue de la Seine en 1910
Pierre-Jean Mariette (1694-1774)
et le Colifichet de Croissy
Un des plus grands historiens d’art et « la plus grosse collection du monde » de dessins, gravures et estampes de son temps, ce célèbre libraire éditeur parisien du siècle des Lumières a vécu pendant près de 25 ans à Croissy.
Né à Paris en 1694 dans une vieille famille de libraires éditeurs et graveurs de grande renommée, Pierre, fils unique, est naturellement destiné à reprendre le commerce qu’exerce son père. Entouré dès son enfance de la riche collection rassemblée par sa famille et en contact quotidien avec les artistes et les amateurs les plus célèbres d’Europe, il apprend le dessin et la gravure aux Beaux-Arts tout en suivant aussi des études classiques chez les Jésuites avec… Voltaire comme camarade.
A l’âge de 23, il parcourt l’Europe à pied : les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche. A Vienne, le Prince Eugène, grand amateur de livres et d’estampes, lui confie le classement de sa riche collection. Puis il séjourne deux ans en Italie où il découvre le travail des plus grands collectionneurs italiens de son époque. De retour à Paris en 1720, il prend la succession de son père et devient rapidement l’incontournable spécialiste européen de l’histoire du dessin et de la gravure.
Il complète patiemment à son tour l’ensemble d'estampes, dessins, gravures et eaux-fortes formé par ses aïeux. Mais Mariette n’est pas le collectionneur-type soucieux seulement d’amasser, il est un des premiers à se préoccuper des origines des œuvres, de leur date, de l’école à laquelle elles appartiennent, de leurs différents propriétaires.
En 1750, il décide de se retirer du commerce et vend la vieille imprimerie et librairie familiale de la rue Saint-Jacques. Il a 56 ans et veut maintenant se consacrer exclusivement à ses recherches et à sa collection.
C’est à ce moment qu’il découvre Croissy, paisible village situé à quatre lieux de la fourmillante capitale. Il y achète pour 41.000 livres le château du Colifichet, une curieuse « folie » bâtie à la fin du siècle précédent, agrémentée d’un vaste parc surplombant la Seine.
Bassins, labyrinthe, portiques de verdure, rocailles, péristyles, statues, parterres et trompe l’œil ornent les jardins qui ont été savamment aménagés quelque cinquante ans plus tôt par le jardinier en chef du frère de Louis XIV…
Mariette y installe sa collection, préférant désormais vivre ici, retiré et au calme. Il fait même graver sur une grande plaque en marbre qu’il place à l’entrée du parc : « ce coin de terre me sourit par dessus tout ».
C’est d’ici qu’il entretient une correspondance régulière avec les historiens et collectionneurs de l’Europe entière. Il y demeure jusqu’à sa mort en 1774, à l’âge de 80 ans.
L’année suivante, sa collection riche de près de 11.000 œuvres est dispersée en ventes publiques malgré sa volonté de la voir léguée au Cabinet du Roi et malgré les tentatives d'achat des émissaires royaux. A peine un millier d’oeuvres est finalement acheté par le Roi pour entrer au Louvre. Sa veuve et ses enfants vendent également le Colifichet bien trop coûteux à entretenir.
Dès lors, la propriété va passer de main en main jusqu’au milieu du 19e siècle. Son dernier propriétaire, le marquis d’Aligre, meurt en 1847. Après lui, le Colifichet est acheté par un spéculateur parisien qui rase impitoyablement le château et morcelle son parc en 1855. La nouvelle avenue du Colifichet, tracée sur l’emplacement de la grande allée centrale du parc, divise le propriété en deux. Il s’agit là du tout premier lotissement à Croissy.
Que reste-t-il du Colichet aujourd’hui ? Pas grand chose en fait. On peut toujours suivre sur quelques mètres le long de l’avenue des tilleuls une partie des fossés qui entouraient le parc. Le pavillon carré qui ponctuait l’extrémité de l’aile sud du château est toujours visible (3 avenue du Colifichet) ainsi que les communs où demeuraient les domestiques (4 grande rue).
Mais avec ses grands arbres et ses beaux jardins, l’avenue du Colifichet conserve toujours le charme qui caractérisait la propriété du grand collectionneur.
article paru dans "Côté Croissy" n°38 - mai 2009

- Le Colifichet et son parc au XVIIIe siècle
Guy de Maupassant (1850-1893)
Canotier et Croissillon
On connaît l’écrivain mais on connaît moins le canotier. Et pourtant, « ma grande, ma seule, mon absorbante passion, ce fut la Seine », avouait-il. C’est ainsi que ses excursion fluviales le menèrent à Croissy, où il vécut quelques mois.
C’est vers 1873 que le jeune Maupassant commence sa vie de canotier sur la Seine. Il a alors 23 ans. Simple commis au Ministère de la Marine, il partage avec une bande d’amis cette même passion qui le distrait de sa morne vie d’employé de bureau. Grâce à Flaubert, son mentor, il intègre peu après le Ministère de l’Instruction Publique mais le quotidien n’y est guère plus avantageux : Maupassant s’ennuie dans son emploi. Malgré l’écriture d’articles et de feuilletons pour quelques journaux, ses semaines lui semblent bien longues. Aussi, à la belle saison, il consacre son temps libre à la Seine qu’il sillonne inlassablement avec ses camarades canotiers ou en galante compagnie…
En 1880, après la publication et le succès de Boule de Suif, il décide de quitter le Ministère pour se vouer exclusivement à son métier d’écrivain. Il occupe alors une maison à Sartrouville, s’isolant ainsi d’une vie mondaine parisienne trop agitée.
En 1882, il quitte Sartrouville « pour venir habiter Croissy afin de ne plus avoir à passer l'écluse de Port-Marly où, quand il y a trop à attendre, je dois prendre ma yole sur mon épaule et la porter de l'autre côté ». Maupassant y loue « une petite maison », située sur la berge, face à la Grenouillère, le célèbre établissement de bains, de canotage et de bal installé sur l’île. Son valet, François Tassart, racontera plus tard dans ses Mémoires les pittoresques relations de Maupassant avec ses voisins croissillons.
Quand il ne rame pas sur le fleuve, Maupassant écrit. En quelques années seulement, il publie six romans et près de 300 nouvelles. Parmi elles, plusieurs consacrent de nombreuses pages sur l’atmosphère truculente de la Grenouillère qu’il fréquente assidûment. Sa fière moustache et ses biceps puissants font un malheur auprès des « grenouilles » qui viennent y barboter.
Le Tout-Paris des petites et grandes affaires s’y presse et s’y toise entre les cabines de bains ou sur le camembert, un petit îlot circulaire reliant la rive à la péniche abritant la salle de bal. Cette cohue rieuse et hurlante où « les hommes, gris, s'agitent en vociférant » et les filles « cherchent une proie pour le soir, se faisant payer à boire en attendant », le fascine et le dégoûte tout à la fois (c’est là qu’il aurait contracté la syphilis qui lui sera fatale) :
« On sent là toute l'écume du monde, toute la crapulerie distinguée, toute la moisissure de la société : mélange de calicots, de cabotins, d'infimes journalistes, de gentilshommes en curatelle, de boursicotiers véreux, de noceurs tarés, de vieux viveurs pourris. Cohue interlope de tous les êtres suspects, à moitié connus, à moitié perdus, à moitié salués, à moitié déshonorés, filous, fripons, procureurs de femmes. Ce lieu sue la bêtise, pue la canaillerie et la galanterie de bazar ».
A la Grenouillère et sa « faune », Maupassant va préférer progressivement le calme et la quiétude : « ce n’est plus tenable à cause du voisinage, il y a trop de demi-mondaines ». Son aversion naturelle pour la société le porte vers la retraite. En 1889, après avoir séjourné plusieurs années à Chatou, il s’installe à Triel-sur-Seine.
Excès physiques et intellectuels, syphilis mal soignée, à partir de 1890, sa santé physique et mentale décline rapidement et il écrit de moins en moins.
En 1892, à la suite d’une tentative de suicide, il est interné dans une clinique parisienne. Frappé de paralysie générale et de démence, il s’y éteint à l’âge de 43 ans.
article paru dans "Côté Croissy" n° 36 - janvier 2009
Théophile Poilpot (1848-1915)
Panoramiste et archéologue
Si on évoque souvent le passé impressionniste de Croissy, il ne faut pas oublier qu’à la même époque, des peintres plus académiques y séjournèrent. Bien que célèbres en leur temps, ces derniers sont aujourd’hui tombés dans l’oubli. Parmi eux, un certain Théophile Poilpot.
Né à Paris en 1848 et formé aux Beaux Arts par les papes de l’académisme « pompier » du 19e siècle, Théophile demeura toute sa vie fidèle au style rigoureusement classique de ses maîtres.
Dédaignant l’impressionnisme de ses jeunes contemporains, il se consacre dès ses débuts à la peinture de grandes fresques historiques et militaires, puis se spécialise rapidement dans la réalisation de panoramas, œuvres gigantesques présentées dans des salles spécialisées. Mobiles, les panoramas de Poilpot font ainsi l’objet d’expositions itinérantes à Paris où de nombreux établissements sont consacrés à ce type de peinture. Ses oeuvres rencontrent un vif succès lors des expositions universelles de 1889 et de 1900. On lui confie aussi la décoration de la galerie des Lettres et des Sciences de la Sorbonne et du très chic hôtel Meurice à Paris.
En 1896, Poilpot cherchait depuis longtemps un coin original pour penser et composer à son aise, quand il acquiert à Croissy, pour la modique somme de 3000 francs, l’ancienne église du 12e siècle, « un luxe inouï dans notre époque de platitude modern’ style ». Il y installe un original atelier-musée.
Quelques mois plus tard, un journaliste vient lui rendre visite : « Pas d’interview surtout, les ombres qui hantent ces lieux en pourraient frémir d’indignation. » C’est donc dans le jardin attenant que l’artiste se confie et évoque son arrivée à Croissy : « Je passai un jour ici et je vis l’écriteau « église à louer » qui excita ma curiosité. J’allai demander des explications au maire et finalement, au lieu de devenir locataire de cette église désaffectée, je l’ai acquise à deniers comptant. Je vais tâcher d’y joindre l’ancienne cure et un pavillon au bord de l’eau. Mais n’en parlez pas ! Ces damnés paysans me tiennent la dragée haute ; et s’ils s’imaginaient que j’ai bien envie de leurs bicoques, je n’en viendrais pas à bout… »
Poilpot y entreprend d’importants travaux de restauration, sauvant ainsi l’édifice d’une ruine certaine. Désaffectée depuis une quinzaine d’années, l’église servait d’étable pour les vaches ! Il a même l’idée d’y effectuer des fouilles archéologiques : « On assure qu’un évêque est enterré quelque part sous le porche ou sous les dalles du chœur. Je vais le faire chercher avec tout le respect qui lui est dû » déclare-t-il.
« La pioche rencontra des sarcophages, des pierres gallo-romaines, des tablettes, toute une collection à rendre jaloux les musées parisiens » affirmera très sérieusement un journaliste visitant le chantier. « Tout contre l’autel, une galerie a été découverte, elle s’enfonce dans la direction de la Seine. Où mène t-elle ? Vers une retraite mystérieuse ? Vers un sépulture ? Vers un trésor ? » On ignore malheureusement aujourd’hui les suites de ces investigations…
Durant vingt années, Poilpot séjourna à Croissy tous les étés. Devenu une figure incontournable du milieu de « l’art officiel », ses obsèques en février 1915 sont filmées et diffusées aux actualités cinématographiques Gaumont… Il repose depuis au cimetière de Croissy.
Grâce à lui, Croissy-sur-Seine a conservé son plus vieux monument, la chapelle Saint-Léonard. Merci l’artiste !
article paru dans "Côté Croissy" n° 10 - septembre 2004
Raoul Toché (1850-1895)
Du rire au drame
A Croissy, nombreux sont les artistes qui, à la fin du 19ème siècle, résident dans les belles villas construites en bordure du fleuve. Parmi eux, le vaudevilliste Raoul Toché dont la disparition brutale en 1895 mit notre petite commune au premier plan de l’actualité.
Ce nom ne vous dit rien ? Et pourtant, Raoul Toché fut l’un des plus populaires (et plus critiqués) auteurs comiques de son temps. « Chefs-d’œuvre de l’éclat de rire » pour certains, « œuvre la plus frivole, insipide et nulle qui soit » pour d’autres, les dizaines d’opérettes, comédies, et autres opéras-comiques, joyeusement mis en musique par Offenbach ou Henrion, firent la une des affiches des théâtres parisiens dans les années 1880.
Né en 1850, Raoul avait réussi, grâce à sa plume narquoise et humoristique, à se faire une place dans les gazettes à la mode où ses chroniques, signées sous les pseudonymes Gavroche ou Frimousse, décrivaient avec humour la vie et les mœurs de ses pairs. Très populaires aussi, ses premières illustrées et ses revues de variétés relataient les potins du monde et du demi-monde du spectacle et des vedettes éphémères. Un style léger, frivole, régulièrement raillé par ses contemporains… Zola et Goncourt.
Au milieu des années 1880, Raoul suit l’engouement pour la villégiature en bord de Seine et acquiert à Croissy un vaste terrain au 15 rue Charles-Bémont sur lequel il fait bâtir un cottage anglo-normand, la grande mode de l’époque. Cette villa, œuvre d’Henri Lebœuf - l’architecte de l’école Leclerc et de l’ancien bureau de Poste sur le boulevard Hostachy - ne tarde pas à être publiée dans plusieurs revues d’architecture comme modèle du genre. Cédant à la mode paysanne, Toché construit même dans son parc une laiterie pour ses vaches !
A la belle saison, le tout-Paris mondain s’y presse : « Tout le monde connaît à Croissy ce joyeux vaudevilliste et l’originale comtesse noire qu’il a épousé en secondes noces, ainsi que la troupe folle de parisiens qui leur sert de cour à l’ordinaire. L’été venu, leur villa du bord de l’eau s’emplit de rires et de chansons, secouée pendant des nuits entières par les éclats de la plus bruyante gaîté » commente alors la presse locale.
Mais la fête ne devait pas toujours durer... Un soir de janvier 1895, l’« apôtre du rire », se loge une balle dans le crâne. « Toché a voulu échapper à la meute d’usuriers qui hurlaient après ses chausses. L’un de ces écumeurs est déjà sous les verrous. Nous espérons qu’on fera bonne justice des ces aigrefins qui spéculent odieusement sur les artistes et les gens de lettres. Un nettoyage s’impose ! » commente rageusement La Revue d’art dramatique. Mais à Croissy, « on raconte que pour se procurer des fonds, Toché a hypothéqué la villa en s’en déclarant faussement propriétaire, alors qu’elle appartenait à sa femme. C’est le remords de ce faux qui lui a mis en main le revolver ».
Une œuvre légère, une fin tragique, il n’en fallait pas plus pour que Raoul Toché tombe rapidement et définitivement dans l’oubli. Et du vaudevilliste et « chroniqueur à la mode », seule subsiste aujourd’hui sa belle et fatale villa des bords de Seine…
article paru dans "Côté Croissy" n° 8 - mai 2004

- La villa de Raoul Toché à Croissy
Claudia Victrix (1888-1976)
La diva du muet
Une cantatrice de l’Opéra de Paris propulsée grande vedette du cinéma muet... Curieux destin que celui de cette Croissillonne !
Née au Havre en 1888 dans une famille de représentants de commerce, Claudia (dont le vrai nom est Jeanne Bourgeois comme sa contemporaine Mistinguett) intègre très jeune l’Opéra et l’Opéra-Comique de Paris.
Grâce à « son talent dramatique et sa voix superbe », on l’applaudit comme interprète dans Madame Butterfly, La Vie de Bohème ou encore La Tosca. Bien des succès qui lui vaudront la Légion d’Honneur... mais aussi des critiques très acides, Canard Enchaîné en tête, qui se plut longtemps à ironiser sur cette « cantatrice mondaine », spécialisée dans les récitals pour galas de charité.
En 1923, Claudia épouse en secondes noces l’homme d’affaires et magnat Jean Sapène, dont l’empire s’étend des gros quotidiens nationaux comme Le Matin et Le Petit Parisien à la société des Cinéromans Films de France. Une société qui lui apporte un certain nombre de salles et le contrôle de la société de distribution Pathé Cinéma Consortium.
Surnommé « l’éminence grise du cinéma français », Jean Sapène a l’ambition de contrecarrer la dominance d’Hollywood dans le 7ème art et devient, grâce à sa position, une des figures principales de la politique française du film, essayant d’imposer des quotas pour limiter les diffusions de films américains. Ses sept studios de Joinville sont alors les plus grands et les plus modernes de l’industrie cinématographique d’Europe. Mais surtout, il va tenter de faire de son épouse une vedette internationale...
C’est dans « Princesse Masha » de René Leprince (1927), un film écrit spécialement pour elle, que débute la nouvelle vedette du muet français. « Sa sensibilité terriblement moderne » est célébrée dans la presse : « La belle artiste a apporté au service de l’art muet le même sens artistique d’humanité, de vérité et de lyrisme qu’elle réservait jusqu’alors à l’art du chant ».
D’autres longs-métrages suivront, notamment « L’Occident » d’Henri Fescourt (1928), tourné au Maroc, « La Tentation » (1929) de Jacques de Baroncelli, tourné avec des vedettes anglaises : « Visage aux lignes pures et régulières, profil délicat et nerveux, des yeux où transparaît une âme généreuse, telle apparaît à la ville Mme Claudia Victrix et telle nous la retrouvons à l'écran dans « La Tentation ».
La position de son mari assure aussi à Claudia une large (et abusive ?) couverture médiatique. On la voit souvent en couverture des revues grand public de cinéma et dans les magazines féminins de l’époque. Claudia dispose aux studios de Joinville d’une loge digne d’une suite des plus grands palaces…. Mais lors de l’avènement du cinéma sonore, la cantatrice « superstar des cinéromans » semble avoir paradoxalement moins de succès dans le parlant. Au début des années 1930, on la voit abandonner sa carrière cinématographique.
C’est à cette époque que Claudia achète à Croissy la Villa du Val, une grande propriété située en bordure du fleuve, à côté du pont reliant Croissy à Bougival, et dont seul subsiste aujourd’hui une partie du jardin (l’actuel parc des Berges).
Pendant les quatre années d'occupation, sa générosité est unanimement appréciée par ses concitoyens de Croissy. Elle se produit régulièrement dans des galas de bienfaisance au profit des familles des prisonniers de guerre dans la toute nouvelle salle des fêtes du château : « La Victrix a su enchanter la salle sous des acclamations frénétiques qui s’adressaient autant à son grand talent qu’à sa générosité bien connue » commente la presse locale en 1942. C’est à la même époque qu’est créée la fondation Victrix, un prix scolaire qui récompense les meilleurs élèves de la ville. La diva tient à remettre elle-même les prix aux enfants.
Claudia quitte Croissy dans les années 1950 pour Paris où elle s’éteindra à l’âge de 88 ans. Elle repose au cimetière de Boulogne-Billancourt dans un tombeau qui est... la réplique exacte de celui de Napoléon Ier aux Invalides !
Sa propriété des bords de Seine, restée inoccupée pendant près de trente ans, sera démolie au début des années 1980 lors de l’aménagement du parc des Berges.
Ironie de l’Histoire, c’est une scène, celle du théâtre de verdure, qui a pris place à l’emplacement de la maison de la diva croissillonne...
article paru dans "Côté Croissy" n° 11 - novembre 2004
- A droite du pont, la villa de Claudia Victrix aujourd'hui détruite














































