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Balade historique dans les principales rues de Croissy

 

 

La rue de l’écluse

Frontière de 860 mètres de long entre Le Vésinet et Croissy, la rue de l’écluse sépare les deux territoires depuis le milieu du 17e siècle.

Au Moyen âge, Croissy s’étendait à l’ouest pratiquement jusqu’à l’actuel pont du Pecq et au sud de l’actuelle route de Croissy au Vésinet.
Mais à partir de 1600, tous les terrains du sud de la Boucle sont convoités par le roi qui souhaite y étendre son territoire de chasse : le bois du Vésinet. En 1634, « sur l’ordre et pour les bons plaisirs du Roy », le seigneur de Croissy est contraint de vendre à Louis XIII une énorme partie de son territoire : 60 %.
Rapidement, les anciennes terres croissillonnes sont plantées d’arbres et de grandes avenues y sont tracées.  

Dès lors, lapins, lièvres, perdrix, faisans, cerfs et chevreuils se multiplient et ne manquent pas de venir s’alimenter directement dans les champs des cultivateurs.
Les Croissillons se plaignent au roi des « bestes fauves qui causent plus de mal que les gens de guerre : il en vient si une grande quantité qui non seulement broutent tous les choux et les herbes des jardins mais en même montent sur les arbres et dévorent les fruits et les feuilles », mais rien ne change.
Enfin, en 1645, le chevalier de Patrocles, seigneur de Croissy, fait creuser un long et profond fossé bordé d'une haie de pieux entre les deux zones.
Un petit chemin le longe : la rue de l’écluse est née.
Les travaux sont confiés à François Bellier, un entrepreneur de Saint-Germain, qui donne son nom à un terrain qui reçoit les déblais : la « côte à Bellier ».  Deux maisons sont construites le long du chemin : la garde plaine et la garde pré. Ces deux maisons accueillent des familles chargées d’entretenir le fossé et de prévenir l’intrusion des bêtes. C’est une certaine famille Gabillon qui s’installe dans la garde plaine (maison actuellement à l’angle de la rue des… Gabillons).
Désormais, les cultures sont protégées.

En 1723, le chemin est élargi, planté d’arbres et devient la « route du domaine royal ». Mais les problèmes avec les bêtes de la forêt du Vésinet ressurgissent à la fin du 18e siècle. En 1784, les habitants de Croissy s’endettent pour faire construire un mur tout le long de la route. Le mur est percé de deux portes : l’une sur l’avenue de Saint-Germain, l’autre sur la berge. Mais ce beau mur ne va guère être profitable longtemps…
Avec la Révolution, une partie des terres perdues en 1634 repasse dans le territoire de Croissy. Les habitants y ont droit de culture (défrichements et création du chemin de ronde). Ils ont aussi à présent le droit de chasser. Les méchantes bêtes disparaissent promptement ce qui rend le mur nouvellement construit inutile bien que non encore payé ! 
Il sera en grande parti démoli en 1839 pour servir à combler les trous dans les voiries communales. Mais en 1859 avec la construction de l’asile pour convalescentes (actuel hôpital du Vésinet), un nouveau mur de clôture est construit. Enfin, la création de la commune du Vésinet en 1875 fait de la route une ligne de démarcation longée par un infranchissable « mur de Berlin ».  

Tout au long du 19e siècle, il n’y a guère d’habitations aux abords de la route si ce n’est l’ancienne garde plaine et la petite ferme du n° 68 et 70. D’un côté le mur, de l’autre des champs…
La route du domaine devient rue de l’écluse en 1840 avec la construction des écluses de Bougival. C’est dans les années 1920 et 1930 que des premiers pavillons voient le jour dans la partie est de la rue qui, à l’initiative de la section communiste de Croissy, est baptisée rue Paul Vaillant Couturier en 1938. La rue de l’écluse retrouvera son nom en 1940. 

Le boom immobilier des années 1975-1987 change radicalement la vie de la rue et du quartier. Les lotissements « La Côte à Bélier », « La Porte des Bois », puis le programme « Green River » de Kaufman & Broad, ouvrent une série de voies nouvelles qui aboutissent directement dans la rue. 

Enfin, le projet d’urbanisation du parc de l’hôpital du Vésinet devrait à terme modifier tous ses abords et ouvrir la rue sur l’ouest. Un nouveau chapitre pour la rue de l’écluse ?

article paru dans "Côté Croissy" n°42 - janvier 2010

La rue de l'écluse au début des années 1970
La rue de l'écluse aujourd'hui

 

 

La rue des ponts

La rue des ponts en 1781 (détail du Plan Terrier)


Cette avenue, communément appelée « rue », est depuis plus de 150 ans l’un des principaux axes routiers du sud de la Boucle.

Dans les années 1720, le seigneur de Croissy décide de mettre en culture la partie sud de son fief. Une avenue plantée d’arbres est tracée entre la « patte d’oie » et le vaste pré qui s’étend le long de la Seine : la nouvelle voie prend le nom de « Route à Landais », du nom du premier croissillon qui y acquiert quelques parcelles.
Rapidement, de part et d’autre de la route, les terres nouvellement défrichées sont plantées de vignes. Ce sont des cépages teinturiers de raisins noirs appelés « noirauts » qui donnent leur nom au tout nouveau quartier. D’autres parcelles sont transformées en courtis (petits enclos potagers) et pour les desservir, le « chemin des courtis » est tracé (appelé aujourd’hui, à tort, rue des « courlis »).
Des noms qui reflètent bien les activités agricoles du lieu : traversant vignes et potagers, les abords de la route ne changent guère d’aspect jusqu’au milieu du 19e siècle.

En 1858, c’est grâce aux relations du maire Louis Péron et à une grande souscription des habitants de la région qu’un pont à péage est construit dans le prolongement de la route. Plus exactement, deux ponts : l’un reliant Croissy à l’île et l’autre l’île à Bougival, voilà qui explique le pluriel du nom donné désormais à la voie : « avenue des ponts Péron ». Le nom du maire disparaitra rapidement car il forme un jeu de mots quelque peu inopportun pour un pont payant (« les ponts [nous] paierons »). Le péage sera supprimé en 1910.

Désormais, l’avenue va s’urbaniser progressivement et de façon très hétérogène. La première maison à voir le jour est située au n°62, puis des constructions « bourgeoises » au n°53 (l’éditeur Lemoine), n°58 (l’architecte Delarue), n°1 route du roi (l’actrice Antonine) alternent avec des habitations bien plus modestes d’exploitants agricoles (la petite fermette du n°2 en témoigne encore).

Parallèlement, de nouvelles activités industrielles se développent, notamment une importante entreprise de menuiserie, Rousseau & Fils, qui s’installe en 1865 au n°44. Pendant plus de 50 ans, c’est de là que partiront dans tout le pays de nombreuses constructions livrées en kit : hangars agricoles et industriels, pavillons, chalets, gymnases (c’est le cas de la salle paroissiale André Kuehn à Croissy). Une fabrique de produits chimiques lui succède jusqu’en 1939.

Dans les années 1860, une usine à gaz doit s’implanter aussi entre les n°55 et 61 mais le projet, combattu par les propriétaires des villas des berges, est abandonné. A la place, on transfère une pierre dressée, la Haute Pierre, qui s’élevait depuis des temps immémoriaux en bordure de l’actuelle rue de l’équerre. Ce vestige du Néolithique a malheureusement été détruit depuis... Une impasse en rappelle aujourd’hui le souvenir. 

Dans les années 1930, les sociétés Bonin et Élimir exploitent des carrières de sable aux n°39 et 43. Elles sont comblées après la guerre. La Lyonnaise des Eaux installe par la suite au n°39 les puits de forage toujours en activité aujourd’hui et à la même époque, les Abattoirs de l’Ouest, grossistes de boucherie qui ravitaillent les collectivités, cantines et hôpitaux, s’installent dans la rue. D’abord dans l’ancienne villa Delarue au n°58 puis en face dans l’ancienne sablière du n°43.

Les années 1970 vont changer radicalement l’aspect de la rue. En 1968, un tout nouveau pont a remplacé l’ancien qui avait souffert en 1870 puis en 1940 ; la circulation automobile s’intensifie et la rue devient en quelques années un des axes routiers les plus fréquentés du sud de la Boucle. Une station service est d’ailleurs construite en 1969 au n°46.
Entre 1967 et 2004, une dizaine de grands immeubles voient le jour le long de la voie remplaçant souvent de modestes petits pavillons construits dans les années 1920.

Enfin, suite aux lotissements et à l’urbanisation de l’ancienne plaine agricole, l’entrée de la rue des ponts a été complètement réaménagée en 1988 : création du rond-point d’Altenglan et plantation du petit square du Souvenir Français.

Article paru dans "Côté Croissy" n°43 - Mars 2010

La rue des ponts en 1900
... et 100 ans plus tard

 

 

La rue des ponts au début des années 1970

 

 

Le quai de l'écluse


La « Riviera » de la Boucle de la Seine. Ce chemin de halage longe, depuis les années 1850, un des tout premiers lotissements de luxe de la région.

A la fin du 17e siècle, la construction de la Machine de Marly bouleversa radicalement l’aspect des bords de Seine. Barré par la Machine, le bras du fleuve côté Bougival cessa d’être navigable ; les ingénieurs de Louis XIV firent donc creuser et élargir le bras côté Croissy. Un chemin de halage est alors tracé le long de la berge nouvellement aménagée : le quai de l’écluse était né. 

En 1852, les frères Rataboul, hommes d’affaire et spéculateurs parisiens, achètent la « prairie ». Il s’agit d’un vaste pré, jadis seigneurial, qui s’étend depuis des temps immémoriaux le long du fleuve.
Rapidement, le petit chemin qui longe le nord de la prairie est élargi et viabilisé (c’est l’actuelle rue Paul Déroulède). Les terrains situés entre cette nouvelle voie et le chemin de halage sont découpés en grandes parcelles. Les frères Rataboul comptent réaliser une fructueuse opération immobilière mais… ils font faillite et les lots sont finalement vendus très en-dessous des prix escomptés !

En 1855, le dramaturge Émile Augier est le premier parisien à y faire édifier sa résidence secondaire. Il ne restera pas longtemps isolé : dès 1858, une floraison de « villas raffinées, de chalets, de cottages fantaisistes, bijoux de bois et de pierres » voit le jour. L’endroit attire « des millionnaires qui se ruinent et des artistes qui s’enrichissent ». Il faut bien avouer que le cadre est charmant : les maisons s’ouvrent, côté sud, sur les coteaux boisés de Louveciennes et sur le fleuve nonchalant, alors envahi par les canotiers.

Les architectes et les jardiniers-paysagistes y rivalisent d’imagination :
Au n° 2, un petit palais des Mille et Une Nuits> édifié pour Léonie Peduzzi, cantatrice de l’Opéra de Paris et… maîtresse de Napoléon III. Il appartient par la suite à Félix Duquesnel, directeur du théâtre de l’Odéon, puis, à la fin du siècle, à un marchand d’art impressionniste, Gaston Camentron, et à son épouse, la cantatrice Julia Rivera.
Juste à côté, au n°6, l’architecte Charles Garnier (Opéra de Paris) fait édifier cette villa percée d’une large baie vitrée pour Arnold Mortier, le grand critique de théâtre du Figaro dans les années 1870-1880. Mortier y reçut les plus grands auteurs de son temps.

Les trois villas des n°26, 28 et 30 ont été détruites à la fin des années 1960 pour céder la place à un lotissement pavillonnaire. La première, véritable manifeste du « pittoresque de villégiature », était une fantaisie de l’architecte du Palais de Justice de Paris, Louis-Joseph Duc. Après lui, elle appartint à l’architecte Édouard Loviot puis à l’actrice Monna Delza. Le général Metzinger habitait la villa du n°28 : Dolma-Bagtché (du nom d'une mosquée à Istambul). Enfin, au n°30, s’élevait la maison du poète et politicien nationaliste Paul Déroulède, dans laquelle il fut d’ailleurs arrêté après sa tentative de coup d’État en 1899.

Construite en 1875 pour un financier, la villa du n°32 fut dans les années 1950 et 1960 la propriété du couturier Pierre Balmain. Sa voisine du n°34 fut celle d’Émile Augier. Il n’en reste malheureusement que le rez-de-chaussée, complètement transformé dans les années 1950. La petite villa palladienne du n°36 fut celle de la sœur d’Émile Augier. On a souvent attribué, à tort, cette maison à Eugène Labiche : elle fut en fait la propriété de son petit-fils. Le mime Marcel Marceau y vécut de 1958 à 1962.

Enfin, de l’autre côté de la rue de l’écluse, deux villas aujourd’hui réunies dans l’enceinte de la British School. Celle du 36 bis, bâtie pour un banquier, est originale avec ses lambrequins et ses frises de céramiques bleues qui lui donnent un aspect de chalet exotique. Sa voisine du n°38, « Llesna Court », fut édifiée en 1861 pour le physicien Émile Clapeyron. Le maréchal Bazaine puis le banquier américain Simon Lazard y habitèrent par la suite. 
Dans les années 1920, les parcs de toutes ces grandes propriétés ont été morcelés et lotis (lotissement Pharos), donnant ainsi naissance aux voies perpendiculaires au quai : les rues de la mascotte, Anatole France, Pierre Loti et Gabriel Fauré.

Article paru dans "Coté Croissy" n°44 - mai 2010

Le quai de l'écluse vers 1900

 

 

La berge de la prairie

La berge de la prairie vers 1900



« La villégiature joyeuse de la Finance et du Spectacle ». A partir du Second-Empire, banquiers, industriels et artistes ont en effet investi ce pittoresque petit coin de campagne baigné par la Seine.

L’ancienne berge nommée Mauport, sur laquelle les drakkars vikings débarquèrent un matin de mars 845 pour ravager la région, devint mille ans plus tard… un des lieux de villégiature préférés des grandes fortunes de la capitale ! 

En quelques années seulement, une floraison de villas y voit le jour :
Au n°2, à l’angle de l’avenue Augier, une grande et belle villa de style Louis XIII. Elle fut bâtie en 1869 pour l’industriel Ernest Gouin, fondateur de la société de construction des Batignolles, une grande entreprise spécialisée dans les ouvrages métalliques et ferroviaires. Son gendre, le poète Émile Guiard dit Dargil, y habite après lui. Plus près de nous, la villa a appartenu au musicien Jean-Michel Jarre et à l’actrice Charlotte Rampling. C’est dans un studio aménagé dans un coin de la propriété qu’est enregistré en 1978 l’album « Équinoxe » qui connut un immense succès. Le couple a habité Croissy pendant une vingtaine d’années.

Un peu plus loin, la petite villa blanche du n°4 fut, autour de 1900, celle d’Armand Yvel, le chroniqueur financier vedette du Figaro.

Juste à côté, au n°6, la villa construite en 1863 pour le magistrat et romancier Campenon dit Paul Brill. Elle passe ensuite à Edmond Tarbé des Sablons, directeur du quotidien Le Gaulois (un des plus gros tirages de l’époque) et ami de Maupassant. Cette villa a été plus tard mise en location : s’agit-il de la « petite maison » des berges face à la Grenouillère que Maupassant occupa à Croissy en 1882 ? 

Au n°8 une villa fut édifiée en 1857 pour Julien Caboche-Demerville, auteur populaire de livres pour enfants. Elle passe ensuite au négociant Max Cornély puis à son gendre, un célèbre ingénieur électricien de la Belle Époque, Gaston Sciama. Cette villa a été rasée en 1967.

C’est un véritable petit château qui s’élève au n°10. Construit en 1857 pour Ernest Desmarest, avocat, maire du IXe arrondissement de Paris et « protecteur » d’artistes, son parc abritait une salle de spectacle bâtie pour ses amis et clients : Céleste Mogador, la cantatrice Pauline Viardot, les compositeurs Gounod, Bizet… La propriété appartient par la suite à Jules Gouin, régent de la Banque de France, puis aux grands industriels Francis Fenwick (mécanique) et Hamot (textiles de luxe).

Juste à côté, au n°12, le chalet Riverside fut construit en 1858 pour un changeur de monnaie. Il a connu ses heures de gloire dans les années 1920-1930 quand son propriétaire, le Hongrois Arpad Plesch, richissime banquier, diplomate et grand collectionneur d’art, y organisait de splendides réceptions pour le gotha international...

Sa voisine du n°14 fut édifiée en 1858 pour le banquier Aaron Victor Saint-Paul, trésorier du Consistoire Israélite de Paris et fondateur de nombreuses œuvres de bienfaisance. Elle passe ensuite à René Gravereaux, industriel dans la confection pour hommes.

De l’autre côté de l’avenue Joséphine, au n°16, une coquette villa rose ornée de lambrequins blancs. Construite en 1857 pour Clément Labélonye, pharmacien inventeur du sirop de digitale, et député de Seine-et-Oise, elle a été plus tard la propriété de François Repusseau, constructeur automobile et vainqueur du rallye Monte-Carlo en 1925.

Au n°18, une villa bâtie par et pour l’architecte Victor Poitrineau en 1863. Inventeur des maisons démontables, il est aussi l’architecte de la datcha de Tourgueniev à Bougival. C’est une véritable villa d’artiste : la pétulante comédienne Clara Tambour y vécut dans les années 1910-1920, puis, plus près de nous, l’acteur et chanteur Jean-Claude Pascal.

Enfin, nous arrivons au Parc des Berges. Il s’agit du parc d’une ancienne villa appelée « Le Val » construite en 1857 pour la famille d’imprimeurs parisiens Juteau. Elle appartient par la suite à l’académicien et ingénieur Maurice Leblanc, puis à la cantatrice Mathilde Saïmann, enfin, à la vedette du cinéma muet Claudia Victrix. Cette belle villa a disparu en 1981 lors de l’aménagement du parc par la Ville.


Article paru dans "Côté Croissy" n°45 - juillet 2010

La villa Desmarest, au n°10, vers 1900
Vue aérienne de la berge de la prairie à la fin des années 1950. © Roger Henrard

Le boulevard Hostachy

Le boulevard au 18e siècle

L’ancienne « route de la patte d’oie » est depuis 150 ans la principale artère commerçante et le cœur animé de Croissy.

Au début du XVIIe siècle, la partie centrale du territoire de Croissy est défrichée. Une large avenue se terminant par une étoile est tracée pour permettre l’accès aux terrains nouvellement mis en culture : les Bonnes Layes (nom déformé plus tard en Bonnelettes). La voie est baptisée « route de la patte d’oie ». Le parc du château s’étend alors jusque là : une tourelle s’élève à l’angle des actuelles rue Péron et rue du saut-de-loup (du nom du fossé qui clôturait le domaine seigneurial).

La toute première habitation apparait au milieu du XVIIIe siècle. Elle existe toujours. Aux n°1 et 3, à l’angle de la rue de Seine, la Ferme des Briçonnettes est bâtie par le financier Charles-Marin de la Haye-des-Fossés, gros propriétaire terrien à Croissy. Il s’agit-là du noyau initial à partir duquel le boulevard s’urbanisera au siècle suivant. Aujourd’hui dissimulée par des constructions plus récentes, cette ferme « Louis XV » a conservé sa toiture à la Mansart et certaines de ses lucarnes en œil-de-bœuf. Sous la Révolution, c’est là que vivait le curé Bénigne May quand il quitta l’habit religieux, s’improvisa cultivateur de tabac et… épousa sa bonne dont il reconnut les trois enfants !

Juste en face, au n°8, s’élève toujours, légèrement en retrait, l’élégante maison édifiée dans les dernières années du XVIIIe siècle pour le maire Sylvain Thomas. Le compositeur anglais Frederick Delius y vécut dans les années 1890. A côté, au n°10, la cour et le bâtiment arrière abritaient sous Napoléon Ier un séchoir et une fabrique de tabac.

Dans la première moitié du XIXe siècle, la « route de la patte d’oie » devient le trait d’union entre le vieux Croissy et le hameau maraîcher des Gabillons. La voie s’urbanise rapidement et prend alors le nom de « Faubourg de la Vierge » à cause d’une statue de Sainte Marie placée dans une niche au niveau de la Ferme des Briçonnettes.


De 8 maisons en 1781, on passe à 20 en 1820 puis à près de 50 quarante ans plus tard… En 1858, au moment de l’inauguration du pont de Bougival, le « Faubourg » a déjà pris l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui. La plupart des immeubles, avec leurs commerces au rez-de-chaussée, datent en effet de cette époque.

Des entreprises s’y installent. C’est le cas de la Maison Rigault au n°24 (maison en briques) d’où partirent, à la fin du XIXe siècle, la plupart des grilles et ferronneries qui décorent les belles villas de Croissy. La signature de Rigault était une queue de cochon forgée au sommet des grilles. Plusieurs d’entre elles subsistent encore…

Au n°5, le libraire et éditeur parisien Paul Ledoux fait édifier sa villa en 1855. A l’instar des propriétés des bords de Seine, la villa Ledoux était entourée d’un grand parc à l’anglaise avec bassins, cascade et rocailles. La Mairie s’y installera en 1887 tandis que le parc sera transformé en jardin public (actuel Parc Leclerc). Cette même année, le « Faubourg de la Vierge » prend le nom de « boulevard de la Mairie ». La Mairie du Parc Leclerc sera détruite en 1993.

Au tournant du XXe siècle, le « boulevard », comme on l’appelle toujours aujourd’hui, est le centre animé de Croissy. Il compte de nombreux commerces, artisans, bars, restaurants, hôtels meublés et même trois salles de danse ! Un bureau de poste est construit en 1898 au n°5 ter. Avec sa frise de peintures polychromes représentant des timbres postaux, ce petit bâtiment a conservé son charme « 1900 ». Il a été remplacé par la nouvelle poste inaugurée au n° 20 en 1970.

Enfin, en 1979, quelques jours après le décès de Fernand Hostachy, il est décidé de donner son nom au boulevard. Maire depuis 1956, Fernand Hostachy avait entamé son quatrième mandat !

Complètement réaménagé en 2004, le boulevard Hostachy a conservé son aspect convivial un peu provincial tant apprécié des Croissillons.

Article paru dans "Côté Croissy" n°46 - septembre 2010

Le boulevard en 1900
Le boulevard en 1960

 

 

L'avenue de Verdun

L'avenue de Verdun en 1975

L’ancien « chemin du Pecq » est une des plus anciennes voies de Croissy. Urbanisé à partir du Second-Empire, il a reçu sa dénomination actuelle en 1923.

Route naturelle reliant le vieux Croissy au Pecq et à Saint-Germain, cette voie n’a longtemps traversé que des vergers et des champs : le Grand Arpent, les Graviers, les Bornes, les Pentes, le Grand Sentier, les Fermiers, les Présidents (déformé plus tard en Présidannes)... La route longeait aussi une partie de l’enceinte du domaine seigneurial dont un vestige du mur et une tourelle sont encore visibles à l’angle de la rue du saut-de-loup. 

A la veille de la Révolution, le comte d’Artois, frère cadet du roi Louis XVI et grand chasseur, possédait de part et d’autre de la route deux grands bosquets qui servaient de refuges pour les bêtes sauvages : l’Arpent maudit et la Remise du Vaussel. Le gibier y pullulait, ravageant les cultures toutes proches…
L’abolition des chasses royales en 1789 permit le développement de la culture maraîchère dans le quartier.
En 1792, le cimetière s’installe en bordure de la voie qui a pris le nom de « route de Saint-Germain ». Il occupait auparavant un minuscule terrain attenant à l’ancienne église de la Grande Rue.

Les premières habitations font leur apparition au bord de la route dans les années 1850. Ce sont toutes des propriétés de villégiature pour la bourgeoisie parisienne.
« L’Ermitage », la première d’entre elles, est bâtie en 1857 pour un riche négociant qui cherchait la solitude dans ce petit coin de campagne. Son parc, loti dans les années 1930, s’étendait entre les actuels n°16 et 18. La villa principale subsiste toujours au n°20 de la rue Jean-Mermoz, une rue créée en 1938.
Désormais, la mode est lancée, et dès l’année suivante, d’autres « maisons bourgeoises » sont édifiées aux n°45, 22 et 28. Cette dernière, une élégante villa blanche, appartint à la danseuse et cantatrice Anne Dartaux. La diva y mourut en 1887. 
L’industriel Ernest Dormeuil fait construire en 1875 sa « villa des cèdres » au n°1. Un souterrain passait sous la rue du saut-de-loup pour accéder à une partie du parc situé de l’autre côté de la rue !
Juste en face, au n°2, les architectes Bunel et Ewald édifient en 1884 la « villa des myrtils », un véritable petit manoir de Sologne considéré alors comme un modèle du « néogothique raisonné ».
Au n° 41 s’étendait le parc du « château des bruyères », dont l’habitation principale, construite tout en briques en 1872, est toujours visible au n°9 de l’avenue Carnot. La propriété appartint à la très mondaine comtesse de Pourtalès qui y recevait le « Tout-Paris »…
La villa du n°30 bis abrita, entre les deux guerres, la poétesse américaine Ruby Boardman, et sa voisine du n°36 bis, le physicien Anatole Abragam.

Une vingtaine de petites maisons en meulière ont été bâties dans les années 1910-1920. Elles ont précédé les lotissements pavillonnaires « clés en mains » de la seconde moitié du XXe siècle. Le premier d’entre eux, « l’allée des Capucines », a été créé en 1955.
A la même époque, des immeubles collectifs sont construits le long de l’avenue : la « résidence de Croissy » aux n°3 et 5 (1955), la « Roseraie » au n°17 (1958), la « résidence SIMVER » au n°41 (1958) et la « résidence des Présidannes » au n°54 (1965).

A la fin du XIXe siècle, une fabrique d’huiles et graisses industrielles s’installe au n°36, un établissement de glaçage de cols, plastrons et manchettes au n°40 et une blanchisserie au n°39. Des bains-douches sont construits en 1881 au n°10. L’établissement, qui comptait onze cabines de bains avec baignoires et trois douches, a fermé en 1939. Au début du XXe siècle, une carrière de sable est creusée au n°54 et une pépinière horticole s’établit aux n°8 et 7 (actuel magasin Fleurilège). Enfin, le supermarché Record a ouvert ses portes en décembre 1969 (actuel Carrefour Market).
Et n’oublions pas, au n°8, la Mairie inaugurée en novembre 2000. Il y a tout juste 10 ans !

 Article paru dans "Côté Croissy" n°47 - novembre 2010




La rue Paul Demange

Porte d’entrée de la Ville, cet ancien « chemin vert » n’a été urbanisé qu’à partir du Second-Empire. 

Longtemps, l’avenue des tilleuls fut la route naturelle reliant le vieux Croissy à Chatou. Mais au cours du XVIIIe siècle, les seigneurs de Croissy vont la réaménager et s’en réserver l’usage exclusif…
Dès lors, une nouvelle route est tracée en parallèle. Partant du carrefour avec l’avenue de Verdun, ce « chemin vert » traverse vergers et potagers et se prolonge sur le territoire de Chatou.
Au XIXe siècle, c’est une route utilisée quotidiennement par les maraîchers qui transportent leurs récoltes aux Halles de Paris.
Tout va changer avec l’arrivée du train à Chatou et les premiers lotissements créés à Croissy sous le Second-Empire.
Le parc du château est loti aux deux-tiers en 1859. Le « chemin vert » est donc prolongé vers le sud, donnant naissance au tronçon situé entre l’avenue de Verdun et la rue Péron. Enfin, un autre lotissement permet en 1881, sa continuation entre les rues Péron et Maurice-Berteaux.
A la fin du XIXe siècle, la voie prend le nom de « rue du chemin de fer ». Un nom qu’elle conservera jusqu’en 1970. Cette année-là, le maire Fernand Hostachy décide de rendre hommage à son ami Paul Demange, dernier Préfet du département de Seine-et-Oise avant la création des Yvelines en 1968.

Aujourd’hui encore, la rue Paul-Demange est un véritable catalogue architectural de la villégiature bourgeoise de la seconde moitié du 19e siècle :

La toute première villa y est édifiée au n°4 en 1854. Faisant face à l’avenue du Colifichet, elle se distingue avec ses poivrières qui lui donnent un aspect de petit château de la Loire. Son parc sera loti au cours des années 1930 pour donner naissance aux pavillons qui se succèdent du n°6 au n°10 quater (et aussi aux n°26 à 54 rue du saut-de-loup).

En 1855, une « demi-mondaine » qui se faisait appeler comtesse de Cassino, fait édifier la villa du n°5. Ce sera plus tard, dans les années 1960 et 1970, le siège d’une caisse de retraite pour les artisans, la CIPASO.
La même année, un banquier anglais fait construire la villa du n°1. Rodolphe Berthon, inventeur du procédé Keller-Dorian Berthon (cinéma en couleur) y vécut dans les années 1930.
Enfin, au n°2, à l’angle de la rue de la procession, est bâti le « Castel Rivaz ». Parmi ses occupants successifs, le docteur Jules Bengué, inventeur en 1895 du baume analgésique Ben-Gay qui fit sa fortune… 
En 1876, l’architecte Louis Gilbert, auteur de nombreuses villas dans la région, construit sa maison au n°16. Elle appartint un temps au curé de Croissy, l’abbé Duroy de Bruignac, puis au maire André Meynot, directeur de l’agence de presse Havas dans les années 1920 et 1930.
Au n°11, l’actuelle villa principale de la maison de retraite « La Roseraie » a été édifiée en 1868 dans le style Louis XIII pour l’industriel Alfred Dormeuil. De l’autre côté de la rue Alfred-Dormeuil, faisant angle avec la rue Paul-Demange, la villa « Les Lilas », bâtie en 1879. Elle appartint longtemps au célèbre archéologue Jacques de Morgan. Il y conservait son immense collection provenant des fouilles effectuées principalement en Egypte et en Iran.

En face, au n°20, s’élève la maison du docteur Joly, l’unique médecin de Croissy dans la première moitié du 20e siècle. En été 1927, un certain docteur Destouches, qui venait tout juste de quitter la SDN à Genève et de faire enregistrer son tout nouveau diplôme de médecin, emménage à Croissy dans une location de la rue de l’île. Il remplace le docteur Joly pendant quelques semaines… Ce jeune médecin n’est autre que le futur écrivain Louis-Ferdinand Céline ! Il quittera Croissy peu près pour s’établir à Clichy.
Enfin, signalons l’élégante villa « Espalmador » bâtie en 1885 au n°19 pour un enfant du pays, Emilien Vaillant, qui avait fait fortune dans la blanchisserie et qui souhaitait le montrer…

 

Article paru dans "Coté Croissy" n°48 - janvier 2011

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